Le retour de l'Inspiration

Publié le par Altaïr

Entre le Kremlin-Bicêtre et Paris
Julian

undefinedLa clé tourne dans la serrure. Petit déclic. La porte s'ouvre. Pour la première fois depuis un an et demi, je pénètre dans l'appartement de Nathan. De la lumière filtre à travers les volets fermés. L'air est poussiéreux. Je vais à la fenêtre et l'ouvre en grand, pour laisser entrer le soleil de Janvier. Alors, tout réapparait. Le salon avec le canapé en cuir où, de nuit en nuit, ma sueur s'est imprimée, le bureau et l'ordinateur qu'il a dû laisser là, devant lequel, impassible masque d'acier, Nathan pouvait passer des heures entières. C'est là que, par-dessus son épaule, j'ai vu Jed dans ses contacts, un simple petit avatar farouche, et un pseudo dont je ne me souviens pas.
Aussitôt le flux revient, l'inspiration. Est-ce l'odeur de ce lieu, l'ancien temple du Modulateur de ma créativité ? Ou bien le bruit de la Seine que j'ai retrouvé ces derniers jours, mère nourricière charriant le lait des Muses ?
Le crayon court entre mes doigts, frôlant à peine le papier de mon carnet. Mon personnage, Arthur, toujours. Il a libéré Fenrir dans le Temple de Hathor. Et puis lui et le loup-garou se sont séparés. J'ai rayé des pages entières, ce n'était pas très bon. Nathan m'aurait engueulé, il préférait ne rien gommer, toujours mettre entre crochets. On sait jamais, évidemment. Peut-être que ce que j'écrivais pour Arthur avant, c'est un monde alternatif de ce que je lui écris aujourd'hui. Différents univers au gré de ma maturité. Le temps, sur la surface du papier, n'existe pas. Alors les mondes coexistent en parallèle et se répondent les uns les autres.
Joàn ne s'est toujours pas remanifesté. Je savoure ce répit délicieux, tout autant que les débuts de ma vie parisienne. Cette ville m'ennivre, je m'en régale. Il y flotte un arôme que je ne saurais décrire, une fragrance inodore, impalpable. C'est ici que tout se passe. C'est ici que je suis ce que je dois être, un jeune homme dans l'appartement de son ex, qui n'attend rien de l'amour, qui cherche un petit boulot, qui s'adonne à l'écriture.
C'est ici que tout a commencé. Je fouille dans les quelques affaires laissées en vrac, à la recherche d'un indice, n'importe quoi, quelque chose qui m'aiderait à continuer le jeu de piste semé par Nathan. Mais il n'y a rien. Aucun objet tel que la Boîte, le Briquet ou l'Encrier. Aucun message, ni codé ni rien.
Pourtant c'était la clé de son appartement. Ma curiosité insatisfaite, je rentre à Paris en RER, rejoins le 11e, la rue de la Folie Méricourt. Laura révise ses cours à son bureau, indolente et vive à la fois. Je m'affale sur le canapé, et passe mes doigts dans les poils soyeux de Sa Majesté.
« Tu étais où ? me demande Laura.
- Chez ton ex. Tu sais, Nathan.
- Il est à Dakar. Et comment est-ce que tu...
- C'est compliqué, Laura. »
Elle me fusille du regard.
« Comment tu l'as rencontré ? je demande poliment.
- Et toi ?
- C'est le cousin du mari de ma meilleure amie, je soupire. Tu sais, Nalvenn. L'islandaise.
- Ah. Moi je l'ai rencontré à une soirée. Le feeling a été direct. On était un peu bourrés je crois.
- Il t'a donné quelque chose... »
Les yeux de Laura se plissent étrangement.
« Oui, continue-t-elle, oui il m'a donné quelque chose. Un petit Briquet. Il m'a dit que je devais l'offrir à la personne que j'aime le plus au monde.
- Ton frère, Alexandre.
- Comment... ?
- C'est le meilleur ami de mon frère.
- Le monde est drôlement petit. »
Tu ne crois pas si bien dire.


Publié dans Julian

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Bételgeuse 19/01/2008 15:47

Si petit et pourtant si vaste...

Alsciaukat 14/01/2008 20:05

Ouii, je veux que Juju recommence à écrire ^^ J'adore ça !Quant au jeu de piste, il s'épaissit de jour en jour...