Sur place ou à emporter ?

Publié le par Altaïr

Paris
Julian

undefined« Sur place ou à emporter ?
- Sur place. »
Mon dieu. Est-ce vraiment moi, Julian Mahogany, qui pose cette question sans cesse ? Je remplis des cornets de frites, de potatoes, je confectionne des hamburgers, je les met dans de petites boîtes en carton, je prépare des boissons, je prend des commandes en caisse, je tape sur la machine. J'ai l'impression d'être un rouage dans une énorme machine, un petit boulon qui tourne dans un sens précis, parmi tant d'autres. Au Dionysos, j'avais des libertés dont je ne saisis l'ampleur qu'aujourd'hui. Juliette est là, heureusement. Elle me parle sans gêne de ses expériences sexuelles délurées, même quand il y a des clients, avant d'éclater d'un rire particulièrement bruyant et tapageur. Sans doute a-t-elle compris qu'elle ne m'intéressait pas, ou bien pense-t-elle que la fille avec qui j'habite en ce moment est ma petite amie. A dire vrai, je ne sais pas vraiment quelle relation j'entretiens avec Laura. Avant, lorsque nous nous voyions, nos corps embrasés se jetaient l'un sur l'autre dans une étreinte torride, et puis elle disparaissait, comme pour ne pas épuiser notre désir mutuel et le retrouver intact à son retour, comme pour cultiver volontairement un manque dans mon coeur. Mais nous avons grandi, et désormais, alors même que nous n'avons plus le coeur à sortir ensemble, nous vivons comme un vieux couple dans son appartement. J'ai mes soucis (McDo, Nathan et son jeu de piste, Lola...), elle a les siens (son tournage, son tournage, son tournage...). Le soir, quand je rentre du boulot – Place de la République, Boulevard des Filles du Calvaire, Rue Oberkampf, Boulevard Richard Lenoir, Rue de la Folie Méricourt – nous nous parlons à peine, nous faisons l'amour violemment, nous dormons. Le matin apporte avec lui son lot de nouvelles inquiétudes – vais-je savoir m'occuper du grill ? l'ingé son va-t-il se décider à m'appeler ? - tant et si bien que nous n'avons guère le temps d'éclaircir nos rapports. Même pas une seconde pour écrire une lettre à Lola. D'un autre côté, elle ne me répond rien non plus. Dois-je attendre une lettre en retour avant d'en écrire une autre ? Je n'en sais rien. Toujours est-il qu'entre les frites et le sommeil, je ne me consacre plus du tout – encore une fois – à l'écriture. Le petit Encrier attend patiemment, avec ma plume et mon papier à lettres, à côté de Sa Majesté, roulé en boule sur le bureau.
Le plus triste, dans tout ça, c'est que je finis par oublier de m'émerveiller de ces rues, de ces boulevards. Je ne me rends même pas compte que je suis à Paris, que j'y vis enfin. Ici il n'y a ni Tour Eiffel ni Champs-Elysées. Seulement ce froid soudain qui revient après quelques jours de beau temps, mêlé d'un vent aigu.

 

 

Publié dans Julian

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Bételgeuse 03/02/2008 00:51

Grumpf....Je défendrai mon boulot jusqu'à la fin !!! C'est peut-être pas à cause de ça que j'ai changé... (mouais, pas très convaincant, ok....)

Altaïr 01/02/2008 17:32

Tu te fous du monde là Bétel hein, tu réalises que t'écrivais chaque jour avant de bosser à Quick ? Tu te rends compte que tu te plains TOUT LE TEMPS de Quick ?... Bon, ben Julian c'est pareil que toi et pareil que I. et que les autres, il bosse là pour avoir du fric, mais il est pas heureux. Voilà. Ca a des répercussions sur son "appétit envers la vie", ça me parait pas si démentiel.

Bételgeuse 01/02/2008 14:46

Grumpf.....Ca m'énerve ce lien que vous faites tous entre la perte d'appétit pour la vie et le travail dans un fast-food....

Alsciaukat 31/01/2008 19:26

Triste monotonie que celle qui empêche même d'admirer Paris... (Nan j'suis pas chauvin !! J'aime juste cette ville !) J'ai hâte qu'il se remette à l'écriture, moi, et pour ça faut qu'il soit dans une condition qu'il risque d'avoir du mal à remplir en bossant au McDo... Trouve autre chose, Ju !