Ses yeux dans mes yeux dans l'obscurité
Dijon
Julian
Le sommeil est venu rapidement. Mon esprit enlisé dans les profondeurs. Et puis on a frappé à la porte, je suis remonté à la surface, j’ai ouvert les yeux et senti la rugosité corrosive de l’air.C’est ça, le réel. Imprimé sur l’amas chaotique des sensations, non encore régulées par l’espace et le temps, une image apparaît. Calque en surimpression. Le visage de Jed se peint comme un vitrail devant mes yeux embués. Mal au crâne.
Qu’est-ce qui s’est passé ?
La bouche de Jed sur Lilian. Ses crocs dans la chair de mon frère.
Mon frère…
On frappe à nouveau.
« Oui ? je lance, la bouche pâteuse.
- C’est moi, répond Lilian.
- Entre. »
Lilian dans mon lit. Ses yeux dans mes yeux dans l’obscurité. Je ne sais pas quoi dire petit frère, je te connais si mal et tu sembles tellement gêné. Tu aimes les hommes, et alors ? Si tu savais tout ce que j’ai goûté dans ma vie… Le Clan m’a ouvert à de multiples plaisirs. D’abord Sethi, puis Gautier, et Jon, et récemment le jeune Justin.
Mais tout cela ne franchit pas la barrière de ma bouche.
Je sens le sommeil qui afflue. Il m’emporte…
Un seul regret… Jed…
« Fais attention à toi petit frère… »
Et je sombre dans d’abyssales ténèbres.
Concentre toi.
Arthur ferma les yeux. Il sentait le circuit sanguin pulser dans tout son corps, et la chaleur bourdonner à même sa peau. Ses sentiments intérieurs se mêlaient, flegme et agressivité.
Concentre toi.Une goutte éclate à la surface immobile. Le miroir d’eau tremble et se brouille. Jed se retourne brusquement. Nous sommes dans le temple d’Anubis, au cœur du Labyrinthe.
Quelqu’un nous regarde sans bouger. Mais ce n’est pas le dieu à tête de chacal.
Arthur prit une pierre dans sa main et –
Concentre toi. - la pierre fut broyée entre ses phalanges.
Ne laisse pas la Colère prendre le dessus. C’était trop difficile, il sentait qu’il n’y arriverait pas. Le pouvoir du loup appelait en lui les émotions violentes, le goût du sang.
Essaye encore, concentre toi.Ni Jed ni moi n’osons faire le moindre mouvement. L’homme vêtu de noir nous regarde. Il porte un costume ajusté et se tient là, dans la cour, les jambes légèrement arquées.
« Messieurs Julian Mahogany et Jed Cléart ? »
Sa voix jaillit partout à la fois. Ses lèvres ne tremblent pas.
Quelle est cette nouvelle figure de cauchemar ?
Arthur laissa le barrage de sa conscience s’effondrer, et il craqua. Il bondit en avant et déchira la forêt alentour, lacérant les arbres, arrachant les plantes, cognant le sol. Evacuer la colère en lui. Et puis il retomba à même les feuilles mortes.
Tu y arriveras.Nous sommes tous les deux Jed et moi dans la cour, et puis il y a cet homme, et puis il y a cette femme, et nous sommes dans un autre endroit et l’homme n’est plus là, et la femme est belle mais ce n’est pas une femme. C’est la déesse Hathor.
Des embruns de camphre nous parviennent.
Prend garde à cet homme.
Hathor nous pétrifie par sa beauté. Et puis elle se retourne et je suis dans la chambre de Maïa. Et Maïa me dit :
« Et toi, où est ton Clan ? »
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