Une sorte de machine immense
Dijon
Julian
Quelque chose cogne avec régularité contre le mur de ma chambre. Dans celle de Lilian, on s’agite, de plus en plus vite, de plus en plus fort. On halète. Non, je ne veux pas entendre ça. La tête enfouie sous mon oreiller, malgré la chaleur étouffante et la sueur qui coule sur mes draps, je tente d’échapper à cette horrible vision : Lilian et Jed nus l’un contre l’autre l’un dans l’autre et la douleur et le plaisir de mon frère. A travers l’un, à travers l’autre, j’ai l’impression d’être parmi eux. Les gémissements s’accélèrent, je commence à sourire.Avant de sombrer dans les profondeurs du sommeil sans fond.
Matin frais et ensoleillé. Je veux prendre le temps de petit-déjeuner avec Lilian et Jed. Nous sommes tous les trois à table en caleçon, parce qu’il fait déjà chaud, et ça m’excite. Voir le corps de Jed ainsi dénudé, aussi bien dessiné, provoque en moi un désir puissant. Il jette de temps à autre un regard sur mon cœur, là où neuf grains de beauté forment une figure étrange. Etaler le beurre sur une biscotte, l’enduire de confiture, la plonger dans l’océan bien noir de mon bol de café, avant de l’engouffrer dans ma bouche. Ingérer sa saveur. Les odeurs du matin sont délicieuses et entêtantes. Lilian repose sur la table son bol de lait chocolaté. Il a une trace de cacao sur le nez, Jed l’essuie d’un doigt qu’il lèche ensuite, fixant mon frère dans les yeux avec complicité. Je me sens tout à coup violemment à l’écart. Pourquoi n’est-ce pas moi que tu regardes ainsi Jed ? Et toi Lilian, le laisserais-tu te toucher comme ça, si tu savais que c’est lui qui m’a tabassé au jour de l’An ?
Il le sait, tu le lui as dit, rappelle toi.
Mais alors, comment peut-il…
Il l’aime. C’est ainsi.
« Quoi ? »
Jed et Lilian me regardent. Je les regarde aussi, sans comprendre.
« Qu’est-ce qu’y a ? je demande. »
- Rien, répond Lilian, tu parlais encore tout seul.
- Ah, je fais, comme si cela n’avait guère d’importance à mes yeux et ne me tracassait pas vraiment. Et je disais quoi ?
- J’ai pas entendu, tu murmurais. Bon, je vais prendre une douche. »
Lilian se lève et se dirige vers la salle de bain, je vois bien que Jed aimerait le suivre, aurait préféré que son amant le lui propose, mais mon frère est encore un gamin, il ne se doute même pas combien cela peut être sensuel, de sentir le corps aimé se presser contre le sien sous l’averse d’eau chaude, tous les deux nus enlacés dans la cabine. Alors Jed et moi restons seul dans la cuisine. Le gazouillement printanier des oiseaux nous parvient depuis la fenêtre entrouverte.
Je repense à ce rêve, griffonné à la hâte sur mon carnet à songes. Jed et moi dans le temple égyptien, et cet homme, et puis Maïa-Hathor qui me demande où est mon –
et l’idée commence à germer dans mon esprit.
Jed, Nathan, la Boîte. La fourche, la tempe, les rêves. Tout s’imbrique.
Une sorte de machine immense.
« Alors, c’est cool que tu aies trouvé un boulot, finalement.
- Quoi ? je dis, émergeant de ma rêverie. »
Jed me fixe dans les yeux. Durcissement.
« Je dis, c’est cool que tu aies trouvé un boulot, la dernière fois qu’on s’était vus tu t’es brouillé avec ton ami, Sylvain je crois, pour une pièce de théâtre. »
Désormais tu dois retrouver ceux auquel tu es vraiment relié.
Ce n’est peut être pas la voix de Nalvenn, ni de Maïa, ni de Nathan.
C’est peut-être tout simplement MA voix.
« Jed, je t’ai déjà parlé de mon Clan ? »
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