La fatigue

Publié le par Alsciaukat

Saint Avertin
Léopold

Les publicités. Elles défilent. Sous mes yeux. Je sens que j’ai la tête qui tourne. Les sons m’atteignent, ne me pénètrent pas vraiment, ou bien ressortent aussitôt, comme une mélodie qui tente de me faire fermer les yeux. Mais je les garde ouverts. Ouverts. Les lumières dansent. Par moment je saisis les images, mais le plus souvent cela reste un ballet flou de couleurs brillantes. Le son m’atteint et m’esquive. Je vois vaguement. C’est comme un rêve. Je dors à demi. Je vois les ondes se propager dans la pièce, je sens qu’elles ont une importance, elles dérivent à des vitesses variables autour de moi, m’englobent, font le tour de mon corps, se perdent dans le reste de la pièce. Des ondes. Je suis sur le canapé, je le sens sous moi, solide, et mou parfois. Comme si sa texture changeait. Je secoue la tête, et un instant le salon m’apparaît, je ne vois plus les ondes, je me rends compte de l’absurdité de ce à quoi je pensais la seconde précédente. Elles reviennent. Tournent autour de moi, dessinent au dessus de ma tête des auréoles argentées. J’ai fermé les yeux, je les rouvre. Je me redresse. Une vois m’arrive faiblement, non loin de moi. Je crois que c’est Christelle. Non, c’est Jérôme. Nous sommes tous les deux devant la télévision. Je devrais aller me coucher. Pourquoi me coucher ? Pourquoi je ne serais pas  bien. Je suis fatigué, je crois. Je n’ai pas dormi la nuit dernière, je… je me suis contenté d’observer, de veiller, de regarder par la fenêtre, de contempler le plafond, d’écouter les sons autour de moi. Léa et Christelle sont parties tôt, je ne sais plus pour quelle raison. Je n’écoutais plus vraiment. Tout de suite après dîner. Après le chouette dîner. C’était bon. La télévision m’agresse. Ses paroles résonnent lourdement dans mon crâne, contre lequel arrive quelque chose de froid. Je rouvre les yeux, je m’étais laissé tombé contre l’accoudoir. Je dois aller dormir, dit-il. Ce n’est peut-être pas faux. Il est l’heure. Tant pis pour le film du soir, de toute façon je n’en ai pas compris le début. Le film du soir. Les ondes. Un ballet coloré, qui se joue dans la télévision ou contre mes paupières. Je vois la pièce, et pourtant j’ai les yeux fermés. Je crois que je l’imagine. Je suis allongé. Pourquoi je suis fatigué comme ça, me demande Jérôme, mais je ne puis lui répondre, bien sûr, n’est-ce pas ? A cause des publicités. Et des ondes. Il ne m’entendrait pas, bien sûr. J’entends d’autres gens qui parlent autour. Je dors.

Publicité

Publié dans Léopold

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Intéressant ce frag, il reprend la même thématique que cet autre frag que tu avais écrit Alsciau, inititulé "La fatigue, pourtant...", mais il apporte encore autre chose, donc la reprise d'un même thème n'a rien de gênant. Vivement la suite !
Répondre
A
Oui en effet ça fait écho :) Merci !
M
ba écoute même si c'est différent, je trouve que le rythme va très bien au texte, et l'ambiance de fatigue, est bien rendue, je sais pas si c'est du vécu mais ca m'a rappelé ces moments ...
Répondre
M
Je ne suis pas d'accord (ton goût est mauvais :D), les coupures parce dues aux changements de rythmes sied bien au texte, elles sont ces ondes, ces coupures c'est le va-et-vient ! MOI je trouve que ca colle bien au texte, au sens du texte; et même si c'est de la prose je trouve que c'est très sonore, musical. Je trouve marrant de lire le texte en allongeant les passages où il n'y a pas de ponctuation (ou peu) et d'accélérer les passages très ponctués (le faire exagérément, je veux dire) ! Non j'aime beaucoup... congratulations my dear Grégoire !
Répondre
A
Eh bah merci aussi, même si encore une fois là le style est pas mal différent de d'habitude :) Et à vrai dire je me verrais mal écrire en permanence comme ça, même si ce n'est pas vraiment comparable, j'ai pensé à Sélène en écrivant ça, puisque Léo est là sous l'effet de la fatigue comme Nathan est sous l'effet de diverses drogues... donc bref j'ai fait de mon mieux pour retranscrire cet étrange état d'esprit qui accompagne l'approche du sommeil.
C
J'aime bien ton style d'écriture..Mais une nouvelle fois , j'ai du mal à te lire d'un trait.. vraiment trop de coupures dans les phrases à mon goût.. Bien domage car le fond est là..
Répondre
A
Eh bieen merci ^^' Mais là c'est quand même très particulier, il ne me semble pas que mes autres fragments soient semblables à celui-ci, là on a la vision de Léo totalement déformée par la fatigue, ses impressions à travers l'éther du sommeil :) D'habitude il est un peu plus éveillé :D