Pleure moi une rivière Publié le 11 juillet 2007 par Altaïr Dijon Julian Ciel gris, amoncellement de nuages. J'ai dû ressortir un pull, tant j'avais froid dans le temple de nos rêves éveillés. Lilian et Alexandre comatent dans la cuisine, le premier écoutant le second, qui lui raconte ses dernières interventions en compagnie des pompiers. Je vois les yeux de mon frère papillonner. Le froid semble avoir figé nos corps et nos esprits. Et pourtant, le temps gicle et fuit à une vitesse folle. Je le vois serpenter depuis le début de mes vacances, et s'infiltrer entre les doigts pour se perdre, inexorablement. Je m'étais promis de passer au Dionysos pour voir le début des travaux, de me rendre Avenue Victor Hugo pour embrasser Papa et Maman, d'appeler Justin pour prendre de ses nouvelles, mais il y a Laetitia, et ma foutue paresse, et ces heures qui s'effritent et se dissolvent une à une. Je hais le temps qui passe. Aujourd'hui Laetitia m'a invité à la suivre pour ses vacances en Italie. Il paraît qu'elle connaît de bons hôtels à Rome, Milan, Florence, Naples et Venise. D'ors et déjà j'ai rassemblé ma paye, le fruit de mon labeur. Nous partirons samedi. J'ignore pourquoi Laetitia tient tant à ce que je sois avec elle, je sais qu'elle n'éprouve rien pour moi hormis une profonde indifférence, excepté peut être dans ces moments où ma folie se manifeste et l'intrigue. Elle n'a pas voulu me dire pourquoi elle pleurait l'autre jour, pourquoi elle a accepté que je la ramène jusqu'au seuil de son appartement, pourquoi elle m'a invité à passer la soirée avec elle puis à coucher dans son lit, et pénétrer son corps de déesse. J'ai peur. Je sais qu'elle peut me faire souffrir car déjà je l'aime un peu trop. L'intelligence a un tel pouvoir, je le vois bien quand je martyrise Justin et profite de lui à outrance. C'est pour cela que je crains les autres dieux tels que moi. Et c'est pour cette raison qu'ils me plaisent tant. Mélancolie, douce mélancolie. Pluie qui s'abat sur nos visages en nombre, sur la foule anonyme, et creuse nos joues de sillons sublimes. Dans la houle glacée de Juillet, je vois ton corps de mortel qui s'affaisse et tombe sur le sol, dévoré par le froid. Ce froid qui provient de mon Coeur. Pauvre mortel, ne t'éprend pas de l'iceberg endormi. Justin me regarde, désespéré. Il a reçu mon message dans le bus tandis qu'il allait au cinéma avec sa meilleure amie, je lui disais juste : « Justin, il faudrait qu'on ait une discussion tous les deux », je préfèrais le lui dire en face mais il m'a répondu « Mon dieu non tu vas pas me larguer hein ? », alors je lui ai dit que « de toute façon nous ne pouvions pas continuer comme ça ». Il m'a téléphoné, sa voix meurtrie de sanglots violents, il m'a demandé si on pouvait se voir maintenant, si il pouvait passer à l'appartement. Je lui ai dit que oui. Et Justin me regarde, désespéré. Des torrents s'échappent de ses yeux rougis par le feu et l'eau en fusion. Alors je l'ai pris dans mes bras pour calmer les convulsions, les hoquets et les pleurs, je l'ai laissé baver sur mon épaule, et mon coeur a explosé, je pleurais à l'intérieur mais il ne pouvait pas le voir. Pourquoi ? Pourquoi suis-je un monstre pareil ? Pourquoi est-ce que je préfère la déesse qui me détruira au mortel qui me rendrait heureux ? Je ne comprends pas. Il n'y a rien à comprendre. « Désolé Justin, je suis désolé, si tu savais à quel point. Je sais pas où j'en suis moi, avec tout ça... - Parce que je suis un garçon ? il me demande, baigné de larmes. - Oui, pour ça aussi. » Je l'aide à sécher ses yeux. Ses jolis yeux bleu pastel. Il doit aller rejoindre Agathe, qui l'attend place Darcy. C'est juste à côté, il y sera très vite. Ultime étreinte. Ce soir, dans le lit de Laetitia, je jouirai tout en me vomissant. Publicité