Le fruit interdit
Rome
Julian
Il y a un jardin et une femme avec de longs cheveux roux, et le fruit auquel il ne faut pas toucher. Mais l'homme-serpent étrangle le corps de la femme et elle crie, elle hurle, loin de tout et les Etoiles maladroites se bouchent les oreilles pour ne pas entendre sa détresse. Où étais-je ?
La femme a supplié, pleuré, imploré. Personne n'est venu à son aide. Alors elle a croqué le fruit interdit, planté ses dents dans la pomme d'Adam. Et le sang chaud a giclé ROUGE et le serpent s'est insinué dans ses entrailles.
Alors la femme maudite fut chassée de l'innocence du paradis couleur de paille, car elle portait en elle la CONNAISSANCE DU BIEN ET DU MAL.
Je la connaissais.
« Oh Julian, pourquoi n'étais-tu pas là ?
- Ne m'en veux pas, ne m'en veux pas. »
Nous étions si proches. Peut-être n'ai-je jamais été si proche de quelqu'un.
Immensité calcinée. Des champs à perte de vue. Les bottes de foins dispersées ça et là. Ici c'était le repère des Enfants Perdus. Mes mains vengeresses ont propagé l'Epidémie et anéanti leur Paradis.
Pourquoi ?
Le pouvoir de la déesse du Sang et des Maladies à coulé en moi.
Reliés.
Reliés.
Moi le dieu empathe j'ai absorbé une partie de ce fléau, et l'ai retourné contre ceux que j'aimais. Désormais c'est un lieu sinistre et sans vie, et le souvenir des enfants perdus résonne d'un écho translucide et évanescent.
J'émerge de mon hallucination. Laetitia sur le dance floor d'une boîte de nuit romaine. Nos corps qui convulsent dans l'arène en rythme avec la musique. Je regarde les autres autour de nous et je songe à Sylvia et son regard carnage. Pourquoi faut il que je pense à toi rouquine en cet instant précis, à tes cheveux de sangs coulant sur tes épaules minces ? Il me semble que je sais tout de toi. Je prends ta lucidité et m'en sers pour dépecer mon entourage. La foule orgiaque entassée dans les gradins. Laetitia et sa langue qui ouvre mes lèvres. Sa main sur mes fesses bien moulées dans un pantalon serré, l'autre découvrant mon torse imberbe à travers une chemise entrouverte. Elle se tord et enlève son débardeur. L'alcool et la coke embrouillent son esprit. Laetitia en soutien gorge rouge à dentelle fait mouvoir ses hanches et son ventre comme un serpent tentateur. Je me débarasse de ma chemise, car mes pensées sont mordues par une drogue plus terrible encore, et cette drogue c'est l'OUBLI DU BIEN ET DU MAL. Car je porte en moi le garçon facétieux, l'innocence oubliée. Le démon sauvage, cet Autre qui parle à travers mes lèvres et pour qui mes mains sont des gants et le reste de mon corps un pantin désarticulé. Je vous vois et je vous regarde, et je vous pense et vous m'appartenez car mon Moi s'approprie le monde. Je suis le garçon facétieux, l'innocence oubliée et perdue. Celui qui bouche ses oreilles pour ne plus entendre les cris lancinants de la Douleur et de l'Angoisse. La bouche de Laetitia roule sur ma pomme d'Adam proéminente. Je laisse ma tête basculer en arrière. Croque, ma belle, croque. Sens le sang couler et inonder ta bouche, baigner tes gencives et répandre en toi la connaissance des roches millénaires. Je ne suis pas empoisonné. Ma peau est verte comme ces fruits acides et beaux qu'on voit dans les vergers.
Au creux de mes entrailles, aucun ver ne torture mon âme.
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