Combat intérieur
Naples
Julian
Je reçois à l'instant ce texto de Lola et tout d'abord je ne comprends pas car je n'ai pas le souvenir de lui avoir écrit. Comment sait-elle que je suis en Italie ? Peut-être est-elle passée à l'appartement, peut-être Lilian et Alexandre lui ont-ils dit. Non, c'est moi.
Comment ? Comment as-tu pu reprendre le contrôle ?
J'ai profité d'un moment d'égarement. Car ceci est mon Corps, mon Coeur et mon Ame. Je ne compte pas les partager avec toi. Bientôt je sortirai et je serai plus fort, car je sais qui tu es.
Vite, oublier. Oublier Julian. Il sait si bien le faire, alors pourquoi pas moi ? Je suis le garçon facétieux. Je suis le plus puissant des deux et jamais il ne reprendra le contrôle. C'est à cause de lui si nous avons toujours souffert, je ne le laisserai pas encore perdre les rennes de notre existence. Ta gueule Julian, ta gueule !
« Tu te parles encore à toi même ? »
Laetitia entre dans la salle de bain de la villa de son père, où je me suis réfugié. Elle me lance un regard intrigué. Dans ces instants de folie manifeste, je la fascine.
« Ouais, je réponds, en la plaquant contre moi, pour lui faire sentir le gonflement de mon entrejambe. J'ai envie de toi. »
Laetitia quitte mon étreinte d'un mouvement brusque.
« Non laisse tomber, je veux pas que mon père nous entende.
- Fais chier, tu me sors ça à chaque fois maintenant. C'est quand qu'on se casse d'ici ? Ca pue Naples. »
Laetitia me gifle. Je sens comme une brûlure sur ma joue tandis qu'elle s'en va en pleurant et en claquant la porte. Mon esprit s'embrume et – Non ! Non, je veux garder -
- Le contrôle. C'est moi qui l'ai, momentanément certes, mais cela me laisse le temps de sortir de ma poche mon téléphone pour relire le message. Pourquoi si court quand j'attendais de plus amples nouvelles de Dijon ? Lola, qu'est-ce qui se passe bon dieu ? De quoi veux-tu me parler, quel est ce « p'tit truc » qui va maintenant me dévorer jour et nuit, jusqu'à ce que tu mettes un terme aux pires craintes étayées par mon imagination ? Peut-être que la fille n'a pas tenu le coup à l'hôpital, peut-être qu'elle est morte... Mais alors, le pouvoir de la Déesse Mère ? Est-ce que tout ça était illusion ? Nathan, où es-tu ? Et toi Jed ? J'ai tant besoin qu'on me dise ce qu'il se passe, si tout ça n'est qu'un rêve ou bien la pure réalité ! Je me sens perdu, isolé dans cette ville du Sud de l'Italie où je ne connais personne, hormis une pétasse que je n'aime même pas et son infect et richissime géniteur. Je gerbe ce luxe puant et cette insouciance, je gerbe nos soirées d'alcool, de drogue et de sexe, notre prétendue intelligence supérieure et notre beauté, je gerbe ce temps qui s'écoule sans que je ne fasse rien pour le rattrapper et jamais, jamais je ne me suis senti aussi laid de m'être tant trouvé beau face au Miroir.
Tu aimes être malheureux, Julian ?
Non, je n'aime pas me mentir à moi-même sur la Vérité des choses.
Et que fais-tu de ta Plume ? Ne brouille-t-elle pas l'encre du Scalpel ?
Elle est le sens que je donne au Monde, mais je sais le Monde vide de sens. C'est cela, le pouvoir de l'Humanité.
C'est pathétique. Mensonges sur mensonges. Il n'y a pas plusieurs vérités. Tu es faible Julian. C'est pour ça que tu m'as créé. Pour reprendre le contrôle de ton existence quand tu n'arrives pas à la mener par toi même. Je suis ce que tu rêves d'être, pour oublier toutes ces mauvaises idées qui pourrissent en toi. Je suis le Julian-Feu, celui qui t'embrase lorsque tu t'abandonnes à moi.
Je... je ne sais pas...
Laisse moi faire Julian. Laisse moi te guider dans le Labyrinthe du Destin. Car je suis Pan, le garçon facétieux. Tes pulsions animées et libérées de tout interdit.
Aie confiance...
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