La Nona

Publié le par Altaïr

Dans les environs de Florence
Julian

julian1.jpgIl fallait que je vienne. Seul. Pour fuir la présence dévastatrice de Laetitia qui m'attend dans notre nouvelle chambre d'hôtel, et dont l'attitude me pervertit et me dégoûte. Pour me retrouver avec moi même. Nous sommes déjà si nombreux quand personne n'est à côté de moi. Et je me sens bien ici, loin d'une ville. Je sens presque mon essence se désagréger, ce qui me fait être moi retourner à la nature. Je m'anéantis. Il y a ces collines chaudes, cette terre, les cyprès au loin qui entourent une maison. Le bruit des cigales et la chaleur qui trouble l'air à l'horizon. Je le sens le sang qui coule en ce lieu. Le troisième ruisseau. Je me souviens de la naïade de blanc vétu qui courait jusque dans un cours d'eau. Je me souviens de Maman qui trempait mes cheveux dans une bassine d'eau pour les rincer. Mon tour venait toujours après celui de Florian. Je me souviens du sourire de la nona Maria. Si vieille. Pleine de souvenirs. Ses doigts ridés dans mes cheveux d'enfants. Comme je t'aimais, grand-mère ! Dieu seul sait où tu es maintenant. La maison est vide, il n'y a plus rien. Et tes longs cheveux noirs se déployaient dans l'eau lorsque le dieu-fleuve s'est emparé de toi.
« Chi è ? »
Je me retourne et je vois une femme, une belle femme brune qui a peut-être quarante ans. Peut-être plus. Elle me fixe de ses yeux noirs, et ses yeux me traversent, ils fouillent en moi à une vitesse folle. Vite, Julian, montre lui le feu dans tes prunelles, montre lui que tu es de sa race et non un simple mortel !
« Mi ciamo Juliano, je lance. Sono il nipotino de la nona Maria. 
- Francese ?
- Si. »
Elle a dû comprendre, à mon foutu accent, que je n'étais pas d'ici.
« Maria est partie. Je suis sa petite cousine. Je viens souvent me promener ici. Je m'appelle Milena.
- Où est-elle partie ? »
Je pose la question et nous en craignons la réponse, car en moi tous les Julian regretteront la mort d'une grand-mère tant aimée. Ceci achèverait la destinée tragique de notre périple.
« Ils l'ont emmenée dans Firenze. Dans une autre maison. Là où il y a les gens qui sont fous.
Les gens qui sont fous. Les gens qui sont fous.
Non, faites qu'elle n'ait pas dit ça. Faites que ça ne soit pas vrai.
Il nous faut savoir Julian. Pour comprendre qui de nous deux était là le premier.
Je sais bien. Mais cela signifiera la connaissance trop précise de ce que nous sommes, et peut être la fin irrémédiable de ce que nous sommes.
Ce n'est pas ce que tu recherchais ?
Je ne pense pas, je ne sais même plus...
« Pourquoi l'ont-ils emmenée là-bas ? 
- Ils l'ont emmenée pour la protéger.
- La protéger de quoi ? 
- Pour la protéger d'elle-même. »
Je sens que la voix de Milena commence à trembler, et dès lors je me sens plus fort. Ces aveux la feront souffrir, mais il le faut. Je suis la force qui nous habite et je reprends le contrôle en cet instant fatidique, ce délicieux instant de vérité.
« Pourquoi l'ont-ils emmenée ? »
Milena baisse les yeux vers le sol. Son regard se brouille dans la poussière de la Toscane et sa robe noire est froisée par le vent lourd du mois d'Août. Sa voix aux accents d'Italie pénètre alors soudainement les Origines de mon Existence.
« Parfois, elle devenait quelqu'un d'autre. »
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Publié dans Julian

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Commenter cet article
T
Un concentré d'images très réussies : "Nous sommes déjà si nombreux quand personne n'est à côté de moi", "Le troisième ruisseau"... La douceur de l'Italie et des retrouvailles familiales, un peu de lumère !
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A
C'est trop breau!! Je veux savoir ce qu'il va devenir.  On sent que tu sais où tu vas...
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A
J'ai surtout adoré le tout début du fragment, la description, très belle :)Et ensuite... Julian, toujours fidèle à eux-même, faible un instant, redoutable la seconde suivante... mais ça va sans doute l'aider de savoir qu'il n'est pas seul.
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M
Bon bah c'est de famille quoi ! Ceci explique cela ... !
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A
Hehe, tout s'explique :D