La dernière étape
Dans le bateau en direction de Venise
Julian

Le Vaporetto vibre et fend les eaux au ralenti. Dans la brume qui flotte au dessus de la mer, émergent des réverbères, dont la lueur trouble évoque un monde fantôme, perdu et oublié. Et puis le brouillard se dissipe et nous appercevons la ville, la belle Venise, la cité des Eaux. La dernière étape de notre long et décadent périple. Là où tout doit s'achever enfin.Nous pénétrons par un canal verdi dans ces ruelles de maisons aux couleurs pastelles. Je suis heureux de voir ça au moins une fois dans ma vie, et je voudrais que mes yeux se muent en appareil photo pour imprimer en moi à jamais le souvenir d'une telle beauté. Derrière moi, Laetitia et Andréa ne prennent même pas la peine de profiter de la vue, trop occupés qu'ils sont à s'embrasser outrageusement, afin de choquer la pudeur de la vieille dame et de son petit fils installés à côté d'eux. Ce matin, en me réveillant, libéré de l'alcool et oppressé par une insoutenable gueule de bois, j'ai haï Andréa. Andréa et ses beaux cheveux noirs, Andréa et son torse musclé, Andréa et son regard dévastateur et intelligent, Andréa et sa façon de faire l'amour à Laetitia dans notre lit, à quelques centimètres de moi, et sa façon de s'en foutre royalement. Andréa et le sourire de Laetitia quand elle le regarde, Andréa qui nous colle maintenant jusqu'à Venise. Combien de temps encore devra-t-on supporter sa présence ? Et pourquoi Laetitia ne se rend-elle pas compte à quel point ce type ne m'arrive pas à la cheville ? Merde, je voudrais profiter de mes vacances et je n'y arrive pas, à cause de ces conneries dans lesquelles la fille de mon proprio nous entraine, et puis MERDE je veux rentrer à Dijon, je veux retrouver mon appartement et mon lit et Justin, et lui dire combien je regrette, lui dire que je veux retourner dans ses bras et ne plus jamais les quitter. Et cette putain de gueule de bois qui n'en finit pas... Maintenant c'est fini, j'arrête l'alcool, la drogue, je ne veux plus me bousiller jusqu'à nouvel ordre.
Nous arrivons sur le Grand Canal. Vision sublime et tant de fois rêvée devant les peintures vénitiennes. Je me grille une clope.
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