Lullaby

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian
 
julian1.jpgLullaby ne m'a pas adressé la parole hier soir. Elle s'est réfugiée dans le caveau, sans même me demander si je préférais travailler en-bas où dans le bar, s'attribuant elle-même le lieu le plus attirant. Manque de chance, les clients ne sont pas encore habitués à ce nouveau concept et se sont fait rares toute la soirée. Je déteste le fait que cette fille soit plus jeune que moi et pourtant plus expérimentée, et je déteste ce regard de Louis qui signifie que je dois ravaler mon orgueil et apprendre d'elle. Nous nous sommes retrouvés à la plonge elle et moi, sans rien à se dire. Il est hors de question que cette situation s'éternise, je ne le supporterai pas. Le Dionysos, c'était MON refuge, l'endroit où je me sentais en sécurité, où j'avais MA place. Je refuse qu'une petite brunette vienne du jour au lendemain me prendre ma place de cette façon. Et puis merde, je ne supporte pas cette sensation d'avoir à refaire mes preuves, comme à l'époque où je ne savais pas encore faire tenir un plateau en équilibre avec une seule main. J'en ai parlé à Lilian, Alexandre et Lola. Ils m'ont dit que ça passerait. Que peut-être, effectivement, elle avait des choses à m'apprendre. Et moi à lui apprendre en retour. Mais moi je n'ai jamais bossé avant d'arriver au Dionysos, tandis qu'elle a expérimenté plusieurs bars depuis qu'elle est étudiante. Je bouillonne. Lola me parle de Déborah. Me dit que son état ne change pas. Elle est retournée la voir à l'hôpital aujourd'hui. J'ai repris contact avec Jed via MSN. Sa petite vie de londonien s'écoule paisiblement. Il ne me dit pas grand chose. Au fond je m'en fous, je ne ressens plus rien pour lui depuis que j'ai rencontré Joàn. Ce dernier obsède parfois mes pensées, et puis je l'oublie, alors je me sens coupable. Coupable d'oublier ses traits, sa voix et son rire. Coupable de ne pas réussir à l'immortaliser dans mon souvenir.
 
Ce soir, Lullaby entre dans le Dionysos vers 18h tandis que je sers un groupe de touristes japonais, tchèques, roumains et celtes, venus avec d'autres représentants de multiples nationalités à l'occasion des fêtes de la vigne. Je ne comprends pas vraiment ces célébrations inutiles, mais je ne dis rien. Louis a l'air de trouver ça sympathique. Il nous laisse, Lullaby et moi, gérer le bar seuls ce soir. J'ai renouvellé mon contrat pour une durée indéterminée après une brillante période d'essai, j'étais là avant elle, il me semble donc naturel que je sois responsable des lieux, mais Louis confie les clés à ma nouvelle collègue, et je regarde ce geste de trahison avec rage. Ce soir encore, les clients se font rares. Le visage fermé de Lullaby me persécute.
Tu n'as pas à la jalouser, Julian.
Je ne la jalouse pas.
Oh pardon, je croyais...
Elle m'a rejoint au rez-de-chaussée et me regarde en plissant les yeux, mais je me parle sans remuer les lèvres et elle ne peut se douter de rien. On dirait qu'elle essaye de fouiller en moi ; je me rétracte comme la glace. Tu ne trouveras rien Lullaby. Et puis elle hausse les épaules, fait mine de s'en foutre éperdumment. Cette fille est exaspérément bien dans sa peau, ç'en est horripilant. Et il y a de quoi, à voir son corps parfait et la beauté de son visage.
« Y a personne ? lance-t-elle en se servant derrière le comptoir sans me regarder.
- Comme tu peux le voir, je réponds sans quitter des yeux mon écran d'ordinateur et les conversations MSN que j'entretiens avec mon frère, Alexandre, Jed et Lola. »
Blanc. La discussion commence plutôt mal. J'ai trop à faire avec mes contacts pour chercher à la relancer. Lullaby se sert un sirop de fraise.
« Tu as fait quoi de tes vacances ? reprend-elle. 
- Les villes italiennes. Six semaines plutôt tranquilles. »
Je mens bien. Je ne veux pas en parler. Je ne dois pas penser à Laetitia et à son absence. Le fait qu'elle ne soit pas encore rentrée devrait m'inquiéter, mais je préfère ne pas y penser. 
« Et toi ? je demande. Tu as fait quoi cet été ? 
- Une semaine à Budapest pour le Sziget festival, répond-elle, je sais pas si tu connais. C'est le plus grand festival de musique d'Europe, une sorte de nouveau Woodstock. Cinq cent mille personnes en sept jours, et de grands artistes de la scène internationale...
- Ca devait être chouette, je commente sans vraiment m'intéresser.
- Ouais, plutôt chouette. Même si ça ressemblait plus à une gigantesque fête foraine qu'à ce que je m'imaginais de Woodstock, mais ça c'est anecdotique. Entre les toilettes pourris, l'incitation permanente à la consommation et les voix dans les hauts-parleurs qui te donnent l'impression d'être parqué...
- Tu as quand même dû te sentir un peu dépaysée. Budapest...
- C'est vrai. Même si au fond ça ressemble beaucoup au reste. Mais c'était chouette. Je te conseille The Good the bad and the queen, le nouveau groupe de Damon Albarn, c'est extra.
- Je connais pas.
- Ok, j'essaye de te graver un CD pour demain. Tu peux aller écouter un morceau sur radio-blog sinon. Ca vaut le détour. »
Je la regarde finir son sirop de fraise. Je ne la comprends pas.
 
 
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Publié dans Julian

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B
ça me fait bizarre d'entendre Lulla parler avec d'autres mots que ceux que je lui choisis.....
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A
Par avance, excuse moi si ils ne te conviennent pas ... :$
A
C'est trop mignon. On aurait presque envie de le frapper! lol
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A
?Tu peux être plus explicite ?
A
Arf les rapports sont un peu tendus ^^' Je m'attendais pas à ça ! Ah, ce Julian, toujours à faire des siennes... par contre c'est vrai que le coup des clés, c'est abusé.Bah, ça ira mieux... J'espère !
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A
Lol, ça passera. Peut-être...