Merci petit frère
Dijon
Julian
La rencontre avec Léo m'a perturbé. Ce matin je me lève et je m'affaire comme d'habitude, le cerveau en proie à une confusion des plus vives. J'ai beau y croire, y croire pleinement, c'est quand même une histoire de fou. Nathan à la recherche de ses « Constellés », qui me lie à Jed grâce à une boîte en bois, qui me lie à l'Efta -je veux dire Léo- par internet, et qui fait parvenir à Alexandre un briquet ancien par l'intermédiaire de Laura. Et Lola qui sauve Déborah, Déborah la cousine de Léo... Si ce sont des coïncidences, ce sont de drôles de coïncidences ! A croire que les scénaristes de nos vies font un travail de pro. Je ne peux pas ne pas croire au Destin, je ne peux plus. Mais tout cela n'a de sens que si on le lui donne, or Léo n'adhère pas à mon idée. L'autre soir lorsque Louis est rentré au Dionysos je me suis souvenu des garçons à qui je devais apporter de la bière, et que j'avais oubliés. Le temps de revenir à la table, Léo et son amie avaient disparu. Ils sont probablement retournés à Tours. Tours. Je ne connais rien de cette ville, je n'y ai jamais mis les pieds, je n'ai jamais eu vraiment envie d'y mettre les pieds. A part Paris, peu de villes m'intéressent, exceptée Madrid sans doute, parce que j'y retrouverai Joàn.
Et voilà, toujours à osciller entre toi et ton Destin. Combien de fois faudra-t-il te répéter que le second n'attend pas, et que le premier est source de regrets amers ?
Ca ne te ressemble pas de dire ça. Je croyais que tu aimais les plaisirs de la vie.
Sais-tu seulement qui je suis ?
Encore faudrait-il que je sache qui nous sommes.
Dans la cuisine, Lilian se prépare un café.
« Ah, tu es passé au petit-déjeuner des grands ? Fini le lait chocolaté du matin ?
- Ouais, répond-il en se grattant le torse négligemment, une main dans ses cheveux longs, Alex m'a définitivement converti. Et puis il faut s'accrocher en médecine, alors le café c'est mon carburant. »
Lilian et moi parlons très peu de ses cours à la fac, du bizutage qu'il doit subir, de la pression, du stress. Ce qu'il vit maintenant n'a plus rien à voir avec le lycée, mais il préfère garder ça pour lui. Tant mieux, après tout, j'ai déjà suffisamment à penser avec le Secret.
« Au fait, Laetitia est rentrée, me dit-il, tu as vu ?
- Non, je fais, comme si je m'en moquais éperdumment. Quand ça ?
- Hier je crois. Je l'ai croisée dans l'escalier. Elle est avec un type, genre italien, pas mal foutu d'ailleurs. »
Je grogne à l'idée qu'Andréa puisse plaire à mon petit frère. Il me lance un sourire.
« Pas aussi beau que toi Julian, t'inquiète, de toute façon c'est pas comparable. »
Je redresse la tête.
« Hein ?
- Ben quoi, fait Lilian en rougissant, t'es vraiment beau quoi.
- Ah ouais ? Je te plairais si j'étais pas ton grand frère ? »
Il baisse les yeux vers son café.
« Ben tu sais, t'as pas besoin de pas être mon grand frère pour me plaire... »
J'éclate de rire, Lilian aussi. C'est vrai qu'il est mignon, le petit benjamin de la famille. Florian aussi n'est pas mal non plus. Il semblerait que Papa et Maman aient fait du beau travail ! Mais avec une famille telle que la nôtre, issue des dieux indiens, celtes, grecs et romains, il ne pouvait pas en être autrement.
« Bon, faut que je me dépêche, dis-je, Louis va encore m'engueuler si j'arrive en retard et en plus aujourd'hui il y a Lullaby qui bosse, donc ça va être une mauvaise journée.
- Ah ? Ca va toujours pas mieux avec elle ?
- On se bat en permanence pour avoir le caveau, et c'est souvent elle qui gagne. Louis nous laisse nous bagarrer et Daniel a l'air de la préférer à moi, il ne m'a encore jamais vraiment parlé. Du coup quand j'y vais je me sens un peu seul. Il y a toujours le vieux Jack, mais il a pas beaucoup de conversation.
- Peut-être qu'il y aura ce type là, tu sais, dont tu m'as parlé l'autre jour.
- Benoît ? Le garçon aux yeux tristes ? Avec les cheveux bouclés ? »
Lilian acquiesce. Je ne me souvenais pas lui en avoir parlé.
« Peut-être. J'espère bien. Dis Lilian au fait, tu y crois toi, à ce Secret ? Et tu crois que je me plante complètement où que les autres et moi, on est vraiment liés ? Tu crois qu'on devrait tout faire pour former ce Clan et pour aider les gens ?
- Oulà, du calme grand frère, une question à la fois, on dirait Florian là ! Moi je pense que oui, c'est chouette comme idée, j'aimerais bien en faire partie, je trouve que vous avez de la chance. »
Lilian me lance un sourire. Je vais prendre une douche avec bonne humeur et entrain.
Merci petit frère...
Publicité