La dissolution du Clan

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian
 
julian1.jpg« Salut Julian, je te laisse te débrouiller, ça devrait pas être trop dur ce soir... »
Louis prend son manteau et s'en va. Pas même un regard, pas même un éclat de ses yeux bleus sans récif. Toujours pareil. Même quand Lullaby n'est pas là. Il n'y a que le vieux Jack, qui cuve son whisky en silence. Derrière le comptoir, je regarde la porte qui claque, en me triturant les ongles. Merde, personne ne m'a répondu. Jed ne pouvait pas venir, forcément, depuis Londres, vous pensez bien. Et Léo doit être reparti à Tours depuis un moment. Qu'est-ce que j'espérais ? Mais enfin, il reste Lola, et puis Alexandre. Pourtant Lilian m'a dit que son meilleur ami avait bien reçu mon mail. Ils en ont parlé ensemble. Lola m'a juste envoyé ce petit texto hier, m'assurant qu'elle viendrait. Sans doute a-t-elle oublié, et puis avec son ventre – boum boum, boum boum – non, n'y pense pas.
J'aurais voulu que ce soit épique, que tout le monde s'empare du projet, le porte avec entrain. Que tout le monde se retrouve et que l'on décide ensemble de se serrer les coudes face au vide de nos existences. Qu'est-ce que j'ai pu être con de t'écouter Nathan, de croire à ça, à ce Clan !
Merde Julian, rappelle toi.
 
Sethi m'a donné rendez-vous dans la rue de la Chouette. Il fait beau. Non, il pleut. Je ne sais plus. Le voilà qui arrive, dandy égyptien aux cheveux sombres dans son long manteau noir, les mains dans les poches, le regard scrutant autour de lui, dépeçant le monde avec langueur et mépris. Il arrive jusqu'à moi, me regarde. Il y a quelque chose de changé dans ses yeux de ténèbres. Qu'y a-t-il, Anubis ? Tu ne me reconnais pas ? Bien sûr, je change déjà. Je deviens un garçon plus terne. Nous sommes en automne, en 2005. Deuxième année de Licence de Lettres Modernes, tonton depuis quelques mois. Je suis seul, sans amis, je ne sors jamais de mon petit appartement place Grangier. Je travaille, ou plutôt je fais semblant de travailler pour me donner bonne conscience, mais je suis trop lucide et j'en meurs. Impossible de sourire. Mon image dans le miroir me dégoûte, fruit de nos excès, de cette dépravation dans laquelle nous nous sommes jetés trop jeunes. Oublier. Il faut oublier. S'abreuver de Léthé jusqu'à l'ivresse de l'amnésie. Sethi me regarde. On ne s'était pas revu depuis mon départ du Clan. Il m'entraîne dans l'Eglise Notre Dame. Le silence ici m'écrase tout entier. Je ne crois pas en dieu, mais je le crains, il en a toujours été ainsi. Sethi s'installe sur un banc, je le suis. Il dévisage l'homme sur sa croix avec dégoût, et murmure à mon intention sans me regarder :
« C'est fini. Il n'y a plus de Clan. Maya et moi, on s'en va. Il faut qu'on se casse de cette ville de merde.
- Ah. Et vous allez où ? je demande, sans trop savoir si je veux ou non connaître la réponse.
- Chez ma cousine, enfin, notre cousine. Angela. Elle habite à Bruxelles, elle fait de la danse. Une vraie petite pétasse superficielle.
- Et les autres ? je m'enquiers, parce que je ne veux pas entendre Sethi débiter son éternel mépris, ces couplets appris par coeur qui me donnent la nausée.
- Piotr ne nous parle plus, il s'est trouvé d'autres amis, des abrutis de la fac de sport qui ne pensent qu'à boire et à frapper les gens. Ils sont vulguaires et insignifiants. Sylvia s'est barrée avec un gars, Francis, elle ne baise plus qu'avec lui maintenant. Et puis elle aussi elle a ses amis, guère plus intéressants que ceux de Piotr. Des pseudo artistes à la con qui papillonnent en histoire de l'art mais ne feront rien de leur vie. Je vois vraiment pas ce qu'elle leur trouve. Martin lui il a l'air de regretter que le Clan se dissolve. »
Petite pensée amère. J'aimais bien Martin. Mon départ du Clan m'aura éloigné de lui définitivement alors qu'il aurait pu être mon ami. Et puis merde, pourquoi m'avez-vous tous abandonné ? Cathy aux USA, Sylvain à Besançon... Je devrais peut-être reprendre contact avec Nalvenn, on ne se voit plus du tout depuis trop longtemps. Mais je suis trop lâche pour ça. Sethi passe une main sur ma cuisse. Je ferme les yeux pour retenir mes larmes. Et je sors de l'Eglise, sans rien dire, je le laisse planté là comme un con. Désormais le temps mouillé de lait blanc fera son ouvrage.
 
Retour dans le présent. Je suis seul. Toujours aussi seul. Depuis le Clan de Maya et Sethi je n'ai pas réussi à me refaire des amis. Nalvenn est partie à son tour, et puis Jed aussi. Je suis un aimant répulsif, les gens ne s'accrochent pas à moi. A cause de la constance de mon inconstance, sans doute.
A cause de moi ?
A cause de nous. Alors je voulais moi aussi recréer MON Clan, mais il est mort dans son oeuf, dissoud avant même d'avoir pu voir le jour. Il fallait s'y attendre.
Il est presque minuit. La porte s'ouvre, mon coeur se met à battre la chamade. Est-ce qu'ils auraient changé d'avis ? Pourtant il est vraiment tard...
Je vois Piotr et sa Horde entrer dans le bar et commencer à renverser les tables et les chaises. Mon coeur, maintenant, s'arrête. Le grand blond s'approche de moi, les yeux plein de rage écumante.
« Alors petit connard de Julian, tu croyais qu'on t'avait oublié ? Il m'a fallu un moment pour te pister mais ça y est, on est là, et devine quoi ? Ce soir, on va te faire la fête... »
 
La suite n'est qu'une avalanche violente de coups et de sang.
 

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Publié dans Julian

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A
Vui :)
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S
Chouette un 300è fragment qui voyage dans le temps !!Colours.
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A
Floode, Minti, floode ! Ca me manque moi, le Supputations Party ^^
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M
Pis c'est surtout qu'en ne se logant pas, il a l'impression que 10 ou 11 personnes lui laissent des commentaires, c'est ça fait du bien à l'égo ! lol(Si j'osais, je flooderais bien moi ! lol)
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A
Non, ça me saoulait, j'avoue ^^
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