Bâbord ou tribord ?

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian
 
julian1.jpg« Ca nous regarde pas. »
La vieille Léonie discute avec un des joueurs de carte, le valet de Carreau. Celui-là je ne l'aime pas, ne me demandez pas pourquoi, je n'ai jamais pu l'encadrer. Trop rigide sans doute, ça me rappelle mon Père.
« Mais enfin, c'est le président de la république ! 
- Ca arrive à tout le monde de divorcer... rétorque le joueur en distribuant les cartes à ses trois comparses, lèvres pincées. »
Léonie tourne autour de la table, furieuse.
« Non mais là c'est un peu gros, quelques mois à peine après l'élection ! Alors quoi, il avait besoin de se présenter en couple parce qu'un homme célibataire, « ça le fait pas », comme disent les jeunes ? 
- Les jeunes disent pas ça Léonie, je fais remarquer en essuyant des verres.
- Si Julian, ils le disent ! me lancent-elle avec un regard noir. Toi t'y connais rien, t'es pas un jeune normal. »
Je souris. Ca fait bizarre. Comme avant. Presque mal aux lèvres. Aussitôt la grimace se rétracte de ma bouche. Non Léonie, en effet, je ne suis pas un jeune comme les autres. Je ne veux pas être comme les autres.
Mais si ! Par pitié, dites moi, dites moi que je vous ressemble !
Et j'avoue que ces histoires de divorce présidentiel, je m'en moque un peu. On ne parle que de ça partout.
Alors pourquoi est-ce que tu en parles ? Pourquoi est-ce que tu y penses ? Pourquoi cette hypocrisie patente ?
Ce qui me chagrine, c'est que je ne sais pas, tout compte fait, si je suis de droite ou si je suis de gauche. Pendant les élections, je me suis acharné à gauche toute, parce que mes parents sont de droite et que j'ai toujours voulu être différent d'eux sur ce point. Ce n'est pas tant le vide sidéral du socialisme et la faiblesse du communisme qui m'amènent à cette réflexion, mais plutôt le fait qu'au vu de ce que je suis, la droite me conviendrait mieux. Je ne suis pas sarkoziste, il y a quand même des limites, mais j'aime gagner de l'argent, je pense rarement aux autres, et je suis plutôt froid. Alors pourquoi me ranger du côté des gentils petits gauchos à cheveux longs qui s'aiment tous (ou presque) et ne font rien ?
Tu me dégoûtes.
Je sais. Mais il le fallait. Je suis ce que je suis. Je ne pourrai pas toujours être ce que tu veux que je sois. Je prends mon envol, tout doucement. Je me construis jour après jour. Et pourquoi tous ces maux qui traversent mon existence si ce n'est pas pour avancer et grandir ?
Je vais servir un verre à Lilian, assis à une table du Dionysos, ses affaires étalées autour de lui. Alex entre et le rejoint.
« Salut les frangins, vous allez bien ? »
Nous rétorquons en choeur par un « ouais » peu convaincant.
« Comment va ta fille, Julian ? »
D'un même mouvement, Lilian et moi lui enjoignons de se taire. Alex comprend qu'il a fait une gaffe et lance un regard aux autres clients, mais personne ne semble l'avoir entendu, car Géraldine s'est mêlée à la polémique concernant le divorce présidentiel, et se lance dans un long plaidoyer contre Cécilia, qu'elle qualifie de « chouette monstrueuse et perfide ».
Louis entre à son tour dans le bar, suivi de Michelle assortie de son habituel panier repas. Sourcils froncés, il se dirige d'un pas rapide derrière le bar. Puis s'arrête. Tout le monde le regarde.
« Quelqu'un a vu Jack ? »
 
Post Scriptum : petite pensée pour les chiffres gravés dans le métal de ma gourmette ; il y a un an exactement, Lola...
Publicité

Publié dans Julian

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Ouais, un peu de politique!! Et ce post scriptum, marrant...
Répondre
A
Il le fallait, Shedou, il le fallait...
Répondre
S
JACK !! Pourquoi t'es sorti d'la cuisine !?!?!?!?
Répondre
A
Heuu...Pétage de cable by Mintaka...^^'
Répondre
M
Wewiz Jack ?Jack iz ine zeu kitcheun !Yes, I speak English very well as you can see ! Kiss Everybody !
Répondre