Couperet
Dijon
Julian
Forcément, ça aurait manqué de tact : « Ah ? Florian divorce ? Eh bien moi je suis papa, vous saviez ? ». Du coup je n'ai rien dit, je repousse à plus tard. Et voilà que je suis au Dionysos, nous sommes lundi matin, et j'aime beaucoup le lundi (et le mardi aussi) parce que Lullaby ne travaille pas - à cause de ses cours à la fac -, donc je suis tranquille. Le bar redevient mon élément, comme avant. Même Louis se montre plus sympathique. Peut-être que le reste du temps il sent la tension entre Lullaby et moi, peut-être que ça le stresse et le rend nerveux. J'ai du mal à imaginer Louis nerveux. Mais pourquoi pas. Qui sait ce qui se cache dans ses yeux bleus sans récif ? Tout le monde est là ce matin : Géraldine, Léonie, les quatre joueurs de carte, les habitués quoi. Et Michelle arrive presque en courant, elle n'a pas de panier sous le bras, elle entre dans le bar et de sa petite voix frêle elle nous dit :
«
Je rentre chez moi. Les pensées criblées par ce qui s'est passé aujourd'hui, depuis le moment où la vieille Michelle a débarqué pour nous apprendre la nouvelle. Tombée comme un couperet. Je repense au Rempart de la Miséricorde. C'est là que je me suis effondré, la première fois, sous les coups de la Horde.
La Horde. Un groupe de skinheads mené par un maître de la décadence. Piotr hante mes pensées, avec son sourire de cinglé. Désormais il fera tout pour me retrouver, et qui sait ce qui m'attendra alors. Est-ce qu'il me réserve la même chose ? Je regarde les rues autour de moi, les trottoirs, les murs, les routes et les bus qui passent, tous ces gens. Et je me sens mal, j'ai envie de vomir, comme si un million d'épines empoisonnées se plantaient dans ma chair et me déchiraient le sang. Alors des larmes explosent au bord de mes yeux, et je m'effondre. Je suis rue de la Liberté, au coeur de la foule dijonnaise. Mon corps traîne sur le sol, les gens le regardent sans comprendre et moi non plus, je ne comprends pas.
Jack est mort. »
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