Détruire le Destin
Londres
Julian
Ma valise, vite, où est-elle ? Ici, bien, les tee-shirts, pantalons, quelques affaires de toilettes, un pull, des sous-vêtements, vite, mes doigts tremblent. Fermer la valise, elle est lourde, vite, j'entends quelqu'un, non, ce n'est rien. Je l'ai vue. Depuis que je suis arrivé ici. Elle se cachait sous le lit, prudemment. Jed l'a amenée avec lui en quittant Dijon. Elle lui est très précieuse. C'est elle le ventre de bois qui a engendré tous les Pourquoi, elle la cause de mes tourments, de ma folie. Ce petit objet plein de mystère.
La Boîte.
Souvenez-vous, je ne suis pas venu jusqu'ici pour retrouver l'étreinte de Jed. Je suis venu ici pour La retrouver, pour mettre fin à tout ce qui a commencé. Je vais la détruire.
Jette-la dans le feu. Qu'il n'en reste que des cendres. Et tu oublieras tes rêves, ton Destin. La folie de Nathan s'évanouira en fumée, les connexions entre les êtres, la nébuleuse. Ces questions qui assaillent Léopold, auxquelles tu ne veux plus répondre. C'est bien ça que tu veux, n'est-ce pas Julian ?
Oui, c'est bien ça. Mais je n'ai pas la force. Aide-moi. Aide-moi à le faire.
Je vais t'aider. Non pas que j'approuve tout ça. Mais si c'est le seul moyen de te faire quitter Londres, je le ferai. Je ne tiens pas à me retrouver une nouvelle fois sur son chemin.
Son chemin... Qui est-Il ?
Je ne sais pas. Je ne veux pas le savoir. Prenons cette fichue Boîte et allons-nous en.
Vite, la glisser dans mon sac, quitter la chambre de Jed. Un dernier regard sur le lit. C'était une jolie vie, pourtant. Je descends les escaliers en courant. Me retrouve face à Granny.
Je ne m'attendais pas à ce qu'elle rentre si tôt.
« Hum, sorry, I was about to leave...
- Where are you going, Julian ?
- I... I'm sorry, I need to go... Sorry Granny... »
Je passe à côté d'elle, sans même l'étreindre, sans même l'embrasser. Son écharpe enroulée autour de mon cou, je dis adieu à Hillway. Il me faut ensuite passer au restaurant. Granddad doit me donner ma paye, j'ai besoin d'argent pour payer le billet du retour. Je passe entre les tables, avec mes lourdes affaires. Granddad me scrute bizarrement, il me demande où je vais. Je réponds de manière évasive, récupère mon argent, quitte l'endroit avec amertume. C'était sympa, mais ici je n'avais pas d'attache. Pas comme au Dionysos. Je n'ai pas eu le temps.
La gare. Je prends mon billet. Il est cher, mais peu importe, je ne peux pas rester ici. Une fois ma mission accomplie, je n'aurai plus rien à faire dans cette ville.
Et Jed ?
Et Jed ?
Quoi Jed ? Qui es-tu à la fin ? Lequel des deux ? Parfois il me semble que je suis moi, parfois il me semble que je suis toi, et je ne peux pas répondre à la question car nous sommes l'un et l'autre à la fois.
Tu ne comptes pas lui dire au revoir ?
La Tamise. Il y a un pont sur lequel Jed m'emmenait de temps en temps le soir. La nuit tombe ici. Il fait froid. La brume est tombée sur la ville, épaisse, dramatique. Je sens mon sang qui s'agite, et mes doigts rougis sortent la Boîte du petit sac. Sous le pont, on entend l'eau millénaire écouler ses flots engourdits.
Jette-la ! Détruis-la ! Libère nous du Destin, de cette folie ! Elle est la source de tous nos maux, de ce cauchemar propagé par Nathan. Détruis-la Julian, maintenant !
Je... Je ne peux pas...
Elle pulse entre mes doigts. Elle ne veut pas être détruite. La Boîte bat comme un coeur vivant et chargé de colère. Elle ne veut pas être détruite...
Alors je ferme les yeux.
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