Les trois frères et les deux bourreaux
Dijon
Julian
Un, deux, trois. Florian, Julian, Lilian. Tout le monde est prêt ? Tout le monde inspire ? C'est parti. La maison de Papa et Maman s'ouvre à nous. D'abord on passe devant le bureau de Papa, tous les trois en rythme, Florian y entre avec aisance pour saluer le Seigneur de Papier. Lilian et moi restons figés sur le seuil, pétrifiés devant la statue au regard sévère. Puis il y a la cuisine, et Maman qui sort de ses fourneaux pour se jeter sur moi, et me susurrer à l'oreille, perfide :
« Tu nous fais du souci, tu le sais, n'est-ce pas ? »
Que tu es mauvaise Maman, que tu es mauvaise ! Je t'ai parler hier même au téléphone ! Ta voix nuisible vient s'insérer dans ma tête pour y semer la culpabilité, tout comme Papa sait si bien me couvrir de honte. Quels démons êtes vous, tous les deux, pour nous tourmenter ainsi ?!
Nous nous asseyons à table. Les trois frères et les deux bourreaux. Commencent les hostilités, insidieusement, entre les assiettes et les couverts. « Pas de nouvelles d'Elodie, Florian ? J'ai toujours su qu'elle te ferait un sale coup de toute façon. » « Alors Julian, ces vacances à Londres ? » « Et toi Lilian, les cours, ça va ? Tu nous la présente quand, ta petite amie ? ».
J'ai vu comment c'était, chez les grands-parents de Jed. J'ai compris que vous pourriez être ce que vous n'êtes pas, ce que vous n'avez jamais été. Et j'en ai déduis que j'avais le droit de vous en vouloir pour ça. Oui, même toi Maman, avec tes airs de Sylvana Mangano, tes jolis sourcils distingués.
Ce qu'il fait froid aussi. Vous ne chauffez plus la maison ? C'est depuis que Lilian et parti. Ceci est votre tombeau de glace.
« Vous passez Noël avec nous, hein, les enfants ? »
Mes frères et moi échangeons un regard discret.
Avons-nous le choix ?
Avons-nous le choix ?
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