La Fratrie
Dijon
Julian
J'allume mon ordinateur. Ca fait un an maintenant que Papa me l'a offert. Moi j'ai retrouvé ma chambre d'enfant, ma chambre d'adolescent, ce petit lit glacé dans une chambre vide et triste. J'ouvre mes anciens dossiers, mes écrits délaissés. Est-ce que je devrais reprendre la vie d'Arthur ? Pourquoi est-ce que rien n'a disparu ? J'ai détruit la Boîte, pourtant. Alors POURQUOI ?... Il a deux cadeaux pour moi, de la part de Papa et Maman. Le premier est petit et carré. Il m'intrigue moins que l'autre, alors je commence par lui. Un collier. Un petit collier rouge avec une clochette. C'est une blague ? Une sorte de symbole pour me dire « tu es parti comme un sauvage, tu fais n'importe quoi de ta vie, nous on voudrait que tu suives la route que nous souhaitions pour toi comme un bon petit chien » ? Je lance un regard à Maman, qui me regarde avec appréhension, et un petit sourire en coin. Merde, il y a quoi dans l'autre paquet ?...
Mes doigts griffent l'emballage. Je suis à quatre pattes sur le sol du salon, car je ne peux pas le porter, je risquerais de le malmener... ce chat, paresseusement installé dans une cage de transport, qui me toise avec fierté à travers le grillage noir.
Je relève les yeux vers Maman, dont l'expression s'est renforcée, puis vers Papa, espérant trouver un appui pour me dire que c'est vrai, ce chat est bien là et c'est bel et bien mon cadeau de Noël. Un beau félin aux poils bruns et or, avec un peu de bleu sombre. Je lui ouvre sa cage. Il baille avec dédain. J'approche ma main de sa tête, un peu tremblant. Il s'en fout. Genre caresse-moi, vas-y, tant que tu me nourris après. Merde, je vais devoir m'occuper de ce chat tout seul ?
Je jette un regard terrifié à mes frères. Florian enfile une superbe montre en argent à son poignet. Elle lui rappelera le temps qui passe. Et Lilian passe un médaillon autour de son cou. Il lui rappelera combien sa famille l'aime. Et moi ? Que me rappelle ce chat ?
Que tu es leur préféré... Tu l'as toujours été... Tu es celui qu'ils ne comprennent pas, celui qui n'a pas cherché à fonder une famille, celui qui ne fait pas des études avec des perspectives d'avenir, celui que l'on apprivoise pas, celui qui se laisse caresser mais ne veut pas dépendre des autres...
Je passe le petit collier rouge à clochette autour du cou du chat. Il ne rechigne pas et penche presque la tête, élégant et poli.
« Woaw ! s'exclame Lilian en s'approchant de moi, son petit pendentif en or autour du cou. Il est beau ! C'est un mâle ?
- Oui, dit Maman en s'approchant, d'une voix d'experte, il a quelques mois à peine. C'est un Maine Coon.
- Comment tu vas l'appeler, Julian ? »
Je regarde le chat qui me fixe dans les yeux. J'ai déjà ma petite idée...
Après un éprouvant repas de Noël, en compagnie de toute la famille, les oncles, les tantes, les cousins et les cousines, Florian, Lilian et moi rentrons à l'appartement rue docteur Chaussier. J'ouvre la cage de Sa Majesté, et le prend dans mes bras. Il est soyeux et léger comme une plume, et se cale docilement contre mon torse tandis que mes doigts grattent délicatement son large poitrail.
« L'oncle Maurice ne change vraiment pas, soupire Florian. Quel gros beauf... »
Lilian et moi échangeons un sourire. Notre frère aîné a rejoint la fratrie.
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