La Lumière

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian
 
Me revoilà dans une cour Egyptienne. Je suis debout, immobile, non loin d’un bassin de nénuphars. Le crépuscule orangé irradie le ciel. Parfum d’encens. Anubis est ici, quelque part dans ce Palais, il me flaire, il me cherche. Lentement, je me dirige vers le bassin. Mon reflet se dessine sur la surface de verre tachetée de disques verts. Je me laisse tomber en avant. Le verre vole en éclats.
Tenaillé par la soif d’abord, je me suis traîné vers le robinet, et j’ai bu. L’eau coulait dans ma gorge avec ce goût de glaire qu’elle a toujours quand on boit au réveil. J’ai ouvert le frigo et mangé des nouilles froides, avec de la moutarde pour leur donner plus de goût. Au fond, peu m’importe, je ne sens plus le goût des choses. J’ai l’impression d’être comme immatériel, une sorte d’ectoplasme errant dans mon temple du sommeil. Dites, je suis mort ?
Non, bien vivant. Mon corps est là, c’est l’ancre d’albâtre qui me tire et me retient ici. Je pèse de tout mon corps sur la réalité monde. C’est lourd un corps. Les visions d’horreur ne m’ont pas quittées. Mon âme n’est pas plus légère.
Flaque de sang. Corps.
Couteau. Furie.
J’ai beau fermer les yeux, les images ne peuvent s’effacer. Je retourne dans mon lit, mon odeur, mon terrier, un peu comme un animal. Est-ce un lit ? Est-ce un cercueil ? Des rais de lumière filtrent à travers les volets vénitiens. Je ne sais plus si nous sommes le matin ou le soir, je ne sais plus rien, je ne veux plus rien savoir. Mon temple du sommeil a des allures sacerdotales, il devient tombeau. Je sombre.
Ainsi s’achève la pitoyable existence de Julian Mahogany.
 
On ouvre violemment les volets. Une bourrasque de lumière s’immisce dans l’appartement. Le soleil me frappe en plein visage. C’est étrange la lumière, substance immatérielle sans laquelle il n’est rien, sans laquelle je ne suis plus rien. Tu es ma lumière, ma luciole… Nalvenn est là, pâle et lumineuse, son visage arctique jette des imprécations de feu et de glace. C’est une aurore boréale aux teintes irisées, qui traverse ma chambre, terrible, ouvrant grand les fenêtres, me jetant face à la lumière du monde. Sa voix me parvient, son accent irrésistible qui semble fondre dans sa bouche…
« Lève toi Julian. »
Elle me secoue avec fermeté, et entre ses bras de femme-lumière, je sens mon cœur exploser. Toutes les musiques de mon enfance, celles que j’écoutais en pleurant les soirs d’été, me reviennent avec la frénésie du cheval galopant, et me submergent. Ca remonte jusqu’à mes yeux, ça me fait mal dans la gorge, des rivières ruissellent sur mes joues. Le frisson se propage dans mes membres. Nalvenn prend mon visage sale entre ses doigts et me presse contre elle, contre sa poitrine chaude. Un sanglot franchit mes lèvres, elle me serre encore plus fort.
« Je suis là, dit-elle, je ne te lâcherai pas Julian. Pleure, il faut que tu pleures. Je ne te lâcherai plus. Je suis là. »

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Publié dans Julian

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M
étrange, avec une ambiance, un "climat" très présent, entre glauque et folie... les mots se font oublier et le lecteur s'immerge d'autant plus... bravo
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J
C'est envoutant...
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S
BonjourUn blog sur la romance,superAmitiéSylvie
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K
altair c'etait le nom de la planete dans le film planete interdite:!!!!!!!!! biz   beaux articles!!!!
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F
Oh, et un romancier de plus, bravo, je me prends à rêver en parcourant ton blog...amicalementFlo
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