Mise en Abyme

Publié le par Altaïr

Paris
Julian
 
Je les arpente enfin, les quais de la Seine. Le fleuve qui a irradié la Rive Gauche de ses embruns de Muse et qui aujourd’hui ne charrie plus que sa puanteur. Mais il est toujours là, le charme de Paris, je le savoure et le hume à pleins poumons. Le soleil me fait plisser les yeux, mais mon sourire ne s’efface plus. Nalvenn l’a dit ce matin, chez Nathan, pendant le petit déjeuner. Je l’ai entendue : « Il a déjà changé, Julian, ça lui fait du bien tout ça, il ne faut pas qu’il rentre à Dijon avec nous vendredi. » Tu es gentille Nalvenn, moi aussi j’aimerais rester. Mais ma vie est à Dijon, et la Province me récupèrera avec vous.
Je me suis acheté un nouveau carnet pour écrire mes rêves, ayant oublié l’autre à la maison, et un joli crayon de papier. La beauté des armes. Et me voilà assis sur le rebord des quais de Seine, à regarder le fleuve charrier toute cette eau, et le crayon glisse sur le papier, me voilà écrivant, sans pouvoir m’arrêter, comme si l’air de Paris était un souffle du Mont Parnasse et qu’on y respirait l’inspiration à son état le plus pur. C’est l’histoire d’un type (pas moyen de lui trouver un nom), il vient d’une ville de province (est-ce qu’il n’habite pas Paris ?) et le voilà ici, un peu comme moi finalement. Je m’arrête. Le souffle n’était que l’envie d’écrire, mais je n’y arrive pas, je ne peux pas écrire parce que les idées ne viennent pas. Je voudrais trouver L’histoire, celle qui concentrera tout en elle même. Il me faudra peut-être plus d’un personnage pour y parvenir, mais gare à ne pas me perdre. Un homme, ou bien une femme ? Je relève la tête. L’astre lion me caresse doucement. J’attends, les minutes passent. Je cherche une idée. Regarder les gens, toute cette masse de gens. Il y en a tellement… Des milliers, des millions de tabernacles de conscience. Comme j’aimerais pouvoir les saisir tous et les explorer, comme j’aimerais pouvoir reconstituer leurs univers avec mon seul crayon à papier. Mais je ne peux pas, je n’en suis pas capable. Envie de balancer le cahier dans l’eau, et le crayon avec. Et pourtant je ne bouge pas. Tous ces désirs, tant d’immobilité. Nous sommes des statues ruisselantes de désirs. C’est l’histoire d’un type renfermé sur lui-même, qui a une vie morne et fade, mais qui en son for intérieur bouillonne et foisonne de désirs et de vie, et il mène ainsi sa double existence, super héros intime du troisième millénaire. Et puis voilà que c’est un peu moi tout ça, ma petite vie de marbre incrustée de cristaux de rêves et d’envies. Envie de devenir écrivain, envie d’être une étoile. Envie de partager tout ce qui se trame dans la nébuleuse de mon cerveau. Oui, il faut que j’extirpe les créations de mes tourbillons internes et que je les animes d’un souffle de vie et de carbone.
C’est l’histoire d’un type…
 
Publicité

Publié dans Julian

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Merci, je saisis le clin d'oeil, monsieur l'inconnu qui aime les bétraves. <br /> Pour information, prenez garde à ne pas mélanger personnage, Etoile et auteur. Il n'y a pas forcément un manque dans la vie de l'auteur quand son personnage ne va pas bien...
Répondre
I
Que dire de plus que....woahh!!! C'est si bien écrit ! Bien que n'ayant aucune prétention au titre d'écrivain, je ressens les mêmes doutes et envies que le personnage. On a tous nos aspirations personnelles, on a tous besoin d'exprimer nos besoins et nos rêves: je ne le fais pas de la même manière que vous, les écrivains, mais je vous admire. C'est le genre de blogs qui donnent l'envie de savoir ce qu'est un blog!!!
Répondre
B
ça sent le vécu.....enfin je veux dire, c'est ça! c'est exactement ça, je pense que tous ceux qui ont des aspirations d'écrivains connaissent ces moments....jolie description, Monsieur Altaïr... "Nous sommes des statues ruisselantes de désirs."
Répondre
L
c'est joliement écrit...mais quelle tristesse qui s'en dégage... Il y a un manque dans ta vie...
Répondre