Le Temps des Imprécations
Paris
Julian
Je rentre de chez Papy Robert, ses billets entre mes doigts dégoûtés par le contact de la vieillesse. Gautier est dans son appartement, allongé sur le lit, mon cahier entre ses doigts. Il lève la tête, lentement, et rit.
« Un dieu ? dit-il d’un air moqueur, tu te fais pas chier toi ! »
Et il rit. Je me fige sur le seuil, moi, le dieu démasqué. Et mon cœur de marbre blessé transpire de mépris pour toi, homme risible qui ne peut pas comprendre. Je t’écraserai du haut de ma toute puissance divine, par les pouvoirs que me confèrent mon ascendance et mon sang. Et tu subiras la honte d’avoir osé me trahir, à jamais.
Je regarde le DJ, derrière ses platines. Son visage de dieu entre deux flashs blancs m’apparaît comme un phantasme, une vision. D’un geste négligent, il replace son casque sur ses oreilles. L’espace d’un instant, il braque ses yeux sur moi. L’espace d’un instant, nos regardent s’interpénètrent, se fondent et se mélangent. Il est presque minuit, le temps des imprécations.
Et tu subiras la honte d’avoir osé me trahir, à jamais.
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