Pluie
Il pleut. On est fin août et il pleut.
Je suis à sa table, et il pleut. Il m’offre des biscuits avec le thé, il pleut, je plonge dans ses yeux, et j’ai l’impression de me retrouver en plein ciel, avec tous ces nuages gris qui cachent mal des éclairs bleus. Son regard ose à peine me demander d’en prendre ne serait-ce qu’une moitié, qu’un quart, juste un effort ; je me contente de baisser la tête, le nez dans ma tasse.
Il m’observe, bois une gorgée ou deux ; et toujours il pleut. Les gouttes forment de gros sillons sur les vitres de la cuisine, qui se rejoignent les uns les autres, et finissent tous par s’écraser sur le rebord de la fenêtre. C’est con, une goutte.
Il pleut toujours lorsqu’il écarte de ma joue une mèche de cheveux, d’un geste fin, intransigeant et délicat. La table semble disparaître, nous sommes debout, face à face, la pluie tombe de plus en plus fort. La main qu’il passe sur ma joue est douce comme un velours un peu vieilli ; à l’intérieur, je suis à la fois glacée et bouillante ; la pluie tombe dans mon corps fiévreux.
Je me sens défaillir alors qu’il approche son visage angélique du mien. Je crois me noyer dans toute l’eau que les nuages me déversent. Je perd mon souffle ; et je suis en apnée lorsqu’il pose l’humidité de ses lèvres sur les miennes.
Grande inspiration par la bouche, je remonte à la surface. Par la fenêtre ouverte, le soleil m’inonde de lumière.
Je suis recroquevillée sur mon matelas, et le livre que j’ai entrepris de lire s’est refermé. Je m’assied, le prend ; machinalement je cherche la page légèrement plus écartée des autres que celles qui la suivent, d’un doigt ouvre le livre, mes yeux parcourent le texte en diagonale, c’est bien ça. Je glisse un ticket de caisse qui traînait entre les pages 20 et 21 ; puis me lève et entreprend de me faire un thé.