La Fille aux Cheveux Bleus
Dijon
Julian
(Qui aurait pu prévoir que je te reverrai ainsi ?)
L’eau de la douche, bien fraîche, achève de me réveiller. Je m’habille à la hâte, enfile mes chaussures. Où sont mes clés ? Je descends les escaliers et émerge à l’air libre. La rue est pleine de bruits et d’odeurs, festival des sens. La fin du mois d’Août commence à ramener à soi les vacanciers disséminés un peu partout, à l’approche de la rentrée. Je ne partage pas ce visage maussade que beaucoup de gens affichent, déjà abattus par la reprise imminente du travail, car mes cours ne recommenceront, si je me souviens bien, pas avant le début du mois d’Octobre. J’entre dans le petit palais de la gourmandise en faisant tinter la clochette, et me place dans la file d’attente, derrière une fille étrange, dont les cheveux bleus électrique descendent sur la nuque. Et laisse moi plonger dans tes beaux yeux, Mêlés de métal et d’agate… Je ne vois pas son visage, mais je connais cette nuque, derrière ces cheveux bleus. Je connais l’angle de ces épaules et ce dos… Lorsque mes doigts caressent à loisir Ta tête et ton dos élastique, Et que ma main s’enivre du plaisir, De palper ton corps électrique… Oui, je me souviens, comment aurais-je pu oublier… Elle s’avance pour prendre commande, mais je n’entends pas sa voix, mon cerveau bourdonne comme un essai de guêpes. Je vois ma femme en esprit. Son regard, Comme le tien, aimable bête Profond et froid, coupe et fend comme un dard… Je connais cette voix qui me parvient au loin. Je reconnais cette silhouette pour l’avoir tant aimée, tant enlacée. Tous mes membres se paralysent. Et, des pieds jusqu’à la tête, Un air subtil, un dangereux parfum, Nagent autour de son corps brun…
Jill se retourne et se retrouve face à moi. Alors des boues noires de mon cerveau rejaillit une coulée de souvenirs coagulés.
Flaque de sang. Corps.
Couteau. Furie.
Non, Jill, je n’ai rien oublié…
Publicité