Coïncidence
Dijon
Sylvia
Hey, cette fille, là-bas, me rappelle quelque chose. A moins que je ne me trompe, elle semble différente, mais non, je suis certaine de l'avoir déjà vue... Où? Col roulé noir... Ces cheveux qui sont à peine retenus par un élastique, ce geste pour replacer ses lunettes...! La fille au sac! Enfin, la voleuse de sac! Je reste un instant sur place, et la suis un peu du regard. Ses talons font un bruit qui donne envie de se retourner pour la regarder, quand elle marche.Elle n'est pas seule, je pense que la petite femme à qui elle adresse un discours passionné sur l'Education Nationale, en disant que l'injustice règne et que c'est totalement illogique de privilégier ceux qui le sont déjà, je pense que cette petite femme au ventre un peu rond, qui fume une cigarette, planquée sous son imper bleu marine, je pense que c'est sa mère. Je regarde les deux silhouettes, l'une allongée par des talons, l'autre toute petite à côté; l'une droite, fière, et enragée, l'autre calme, effacée, je regarde ces deux silhouettes – une mère, sa fille- s'éloigner de moi, sans me voir, sans me jeter un regard, puis disparaître au bout de la rue.
Je trouve ridicules les gens qui croient aux «signes» qu'ils pensent envoyés par le destin. Je les trouve ridicules, mais pourtant, je en peux m'empêcher de me demander pourquoi elle, pourquoi précisément elle, pourquoi elle et sa mère, viennent de me passer devant sans me voir, sans me jeter un regard.
N'importe quoi. Dijon est une toute petite ville, il était évident que j'allais la croiser à nouveau, si j'y ai prêté attention, c'est juste que je SAIS qu'elle veut la même chose que moi, et je SAIS que nous sommes à présent en compétition, car celle qui l'obtiendra le plus vite sera celle qui aura raison, lorsque nous nous croiserons à nouveau dans les rues, toutes deux avec le même sac pendu à l'épaule.
Je ne la connais pas, mais déjà je hais cette fille, son envie pour ce sac, je hais cette fille qui passe devant moi sans me reconnaître, je la hais de passer devant moi avec sa mère, en parlant d'éducation, je hais ses talons qui la font remarquer. Je hais jusqu'à ses pulls noirs qui cachent son corps du mieux qu'ils peuvent. Je la hais d'être si hautaine. Ce geste pour replacer ses lunettes sur son nez. Et ses cheveux, tellement vivants qu'ils n'en font qu'à leur tête.
Et encore plus, je me hais de la haïr, cette pauvre petite chose insignifiante.
Je reprend mon chemin, et j'ai à nouveau envie de boire.
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