Eraflure
Dijon
Sylvia
Je me retourne sur le ventre, mais mes genoux encore écorchés râpent le matelas, m'arrachant un soupir de douleur étouffé. Dans Son demi-sommeil, Il pose Sa main sur le creux de mon dos, la chute de mes reins, et Ses doigts caressent doucement ma peau. Je Le repousse, puis me tourne à nouveau sur le dos. J'ai toujours été incapable de dormir sur le dos.J'essaie alors de me mettre sur le côté, mais mon bras et ma jambe gauche sont complètement écrasés. Sur le dos. Je remonte la couette sur moi, plie les genoux, mon dos trop cambré me fait mal. Nouvel essai. Putain de genoux de merde.
Je rejette la couette en me redressant. Je Le sens se rapprocher de mon dos qui lui est offert, je suis assise sur le rebord du lit. Je sursaute légèrement lorsque Sa main entre en contact avec ma taille, puis dessine des symboles inconnus de plus en plus amples sur ma peau frissonnante. Je replie les jambes devant moi, pour pouvoir examiner mes genoux. La fine croûte s'est craquelée, un liquide jaunâtre en suinte, bientôt il devient d'un rouge-orangé, quelques gouttes de sang s'y sont mêlées.
Il m'embrasse dans le cou. « Ca va, p'tit bout? » Je regarde fixement le liquide qui coule avec peine, formant de minuscules flaques un peu collantes, et je pense au Chaos. Est-ce qu'un jour la Terre ressemblera à ça? A un genou plein de croûtes craquelées, qui libère une substace magmatique au goût salé?
Il a dû tourner la tête dans la direction que je fixe, parce qu'il me sussure « Tu ne m'as pas répondu, comment tu t'es fait ça? »
Je plonge le doigt dans la flaque, puis étire le liquide plus loin sur ma jambe. Mais il revient, toujours. Ca me fait un peu mal quand j'appuie, mais la douleur est grave, sourde, et déjà je ne peux plus m'arrêter d'appuyer de plus en plus fort sur la croûte en formation. Il prend mon bras d'un geste autoritaire, puis le repousse derrière mon dos, vers Lui, et le garde enserré dans Sa main.
« C'est la moquette, ma moquette. »
Je baisse les yeux vers le sol, et mon bras commence à trembler dans Sa main. Il le relâche; et je passe mes bras autour de mes genoux repliés contre moi. Il me caresse doucement le dos, le bras.
« Sylvia... Tu n'as pas de moquette. »
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