Place de la Libération
Dijon
Julian
Place de la libération. Je suis installé sur un des bancs de pierre qui font face à l’Hôtel de Ville de Dijon. Le soleil, pour un mois de Septembre, est éblouissant, et brûle la peau mise à nu de mon visage et de mes bras. Je regarde les jets d’eau variable amuser les enfants. Ridicule. Avec les travaux qui ont duré pendant des mois ici, on s’attendait à quelque chose de plus impressionnant, une immense fontaine, plus grande encore que celle de la place Wilson, plus grandiose. Mais non. Une petite fille s’approche des jets et court en slalomant entre eux. « Allez-y, déclenchez-vous maintenant, inondez sa jupe et faites la crier… ». Les jets d’eau s’élancent, mais trop lentement ; la petite fille s’esquive. Je pousse un soupir de déception, et reporte mon attention sur un père qui, tenant son fils entre ses mains, le fait voler comme un avion en courant après les pigeons. Ceux-ci s’écartent d’un battement d’aile, en produisant autour d’eux ce bruit si singulier, ce froufroutement réservé aux oiseaux de ville, ce bruissement de plumes mêlé à un roucoulement de gorge. Le gamin, entre les mains de son père, rit aux éclats, faisant tomber sa tétine sur le pavage blanc immaculé. Serai-je papa un jour, moi aussi ?M’arrachant à ce début de méditation, Nalvenn s’assied à côté de moi, sur le banc, et dépose un baiser sur ma joue. Ma petite luciole, mon irlandaise, où veux-tu aller le boire, ce verre ? Nous nous installons à la terrasse du Café des Grands Ducs, sous les immenses parasols de toile beige. Comme c’est agréable, ce petit supplément d’été, ce retour inespéré de l’astre lion. Comme c’est agréable aussi de passer un moment en ta compagnie, douce et lumineuse Nalvenn… Comment va Sébastien ? Bien. Et Nathan, pas de nouvelle toi non plus ? Etrange. Mais je n’en dis pas plus. Je n’ai pas envie d’y repenser. Hâte de reprendre les cours ? Nous rions. Moi non plus je ne suis pas pressé. J’ai envie de savourer le temps, comme un verre de thé glacé par une après-midi ensoleillée, le tintement cristallin des glaçons à la surface du liquide ambré, tels deux icebergs miniatures et translucides, et le goût parfumé de pêche, frais et sucré, qui remonte à travers la paille pour imbiber mon petit intérieur buccal. Et toi Nalvenn, amie fidèle de l’année passée, m’accompagneras-tu encore un an ? Divagation de jeunes oscillant entre adolescence et âge adulte. « Adulescents », dit-on ? A perdre mon temps ainsi, paisiblement, je me sens libéré…
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