Le Procès
Dijon
Julian
Nalvenn, où-es tu ? Il m’a pris, Anubis m’a pris ! Je suis sur un brancard, le plafond défile, les néons aussi. Une lumière aveuglante, par intermittence, jetée devant les yeux. Comme des phares. Anubis me traîne dans le dédale. Odeur d’éther, bruits d’hôpital. Qu’est-ce que je fais ici bon sang ? Nalvenn, sauve moi… Pourquoi ne suis-je plus qu’un petit garçon qui geins, pourquoi cette voix immature dans ma bouche ? Vous m’avez abandonné… Tous… Nalvenn, Sylvain, Nathan et Jed, et tous les autres, Cathy, Mathieu, et tous les anciens. On dit que les amis sont là quand tout va mal, qu’ils le sentent. Mais je suis seul ici. Seul avec le dieu-chacal. Voilà que nous entrons dans sa Chambre.C’est ici que vous siégez, je le sais.
Face à moi, il y a trois tribunaux. Trois miroirs de mon moi.
Mon Corps.
Mon Cœur.
Mon Âme.
Bruit du parchemin qu’on griffonne. Les scribes, humains ou babouins, écrivent un peu partout. Que peuvent-ils bien noter ? Cela n’a pas commencé… Les magistrats s’affairent autour de la Balance, tandis que les juges, derrière les tables, me fixent. Leur regard me brûle, comme si j’étais coupable….
Qui juge-t-on ici ? Pourquoi toute cette agitation ? Quel est ce Procès qui se prépare ?
Je n’ai rien fait ! Qu’on me laisse, qu’on ne me touche pas, je suis chargé de Peste, vous péririez à mon contact. Lâchez-moi, laissez moi, ne me jugez pas, ne me regardez pas…
Non non regardez moi je vous en prie ne me laissez pas pas tout seul dans le noir j’ai peur dans le noir tout seul sans vous vos regards qui me sculptent et m’animent je ne suis rien sans vous je ne suis rien tout court
De couloirs en couloirs, d’escaliers en escaliers, d’étages en étages. Pourquoi l’administration de la fac est-elle si mal foutue ? Je veux juste récupérer mon certificat de scolarité, merde, est-ce si difficile que ça ? Non, il faut se renseigner à l’accueil. Mais j’en viens, bordel de merde, salope ! Ca défoule, au fond.
Non vous ne m’aurez pas. Je devine votre entreprise, ce complot que vous élaborez à l’encontre de ma personne. Détruire le dieu par le Papier, l’angoisse qui le ronge et le bouffe de l’intérieur comme les vers. Ca grouille d’angoisse dans mes tripes déchirées. Mais je ne me laisserai pas faire. Je ne me laisserai pas prendre dans l’engrenage de votre société-procès, je ne laisserai pas la peur me saisir devant vos statues sévères, et la tienne Papa, qui trône comme une reine, dans le Sanctuaire du Papier, qui me regarde de haut, toujours.
Ne me méprise pas, regarde moi. Je suis ton fils, aime moi. Ne les laisse pas entamer ce Procès contre mon moi. N’instille pas cette dose mortelle de culpabilité dans mes veines, cette drogue-honte dont je ne peux me défaire.
Ne me méprise pas, regarde moi. Je suis ton fils, aime moi. Ne les laisse pas entamer ce Procès contre mon moi. N’instille pas cette dose mortelle de culpabilité dans mes veines, cette drogue-honte dont je ne peux me défaire.
Le sang, le songe, le poison, l’amour, la honte, la peur, la vie, la colère, la haine, le dégoût, le moi. Tous les fluides entrent en émulsion dans le chaudron, des bulles qui clapotent à la surface du liquide.
Tout se mélange. J’ignore si je rêve encore.
Après tout, rêve ou réalité, qu’importe. Tout n’est que cauchemar.
Après tout, rêve ou réalité, qu’importe. Tout n’est que cauchemar.
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