La Bête qui criait "Moi"

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian

Le mot est dans mes mains. Un petit bout de papier tout sec, sans larme dessus. Avec quelques lettres tracées à la va-vite. Le livre est posé sur la table de chevet. Il est posé de manière insignifiante. Prostré à côté de mon lit, à même le sol, recroquevillé comme un fœtus dans une flaque de rien. Je le savais.
Ce flot de haine sourde qui bat dans mes tempes. Un fluide noir s’écoule dans mes veines et me parcourt d’un tremblement. Alors c’est ainsi que ça devait se passer, ici, dans mon temple du sommeil. Revenir à cet état de haine pure et froide, de rage et de colère, n’être plus que cette pulsation qui vibre comme un cœur chargé de ténèbres. Le tam-tam, tu l’entends ? Ce refrain qui monte, doucement, en rythme avec mon sang, mon sang qui me fait mal dans chaque vaisseau, chaque veinule, chaque artériole. C’est la haine, un autre Ca, un dangereux poison, différent de l’Autre mais non moins délectable. Ca coule sur mon menton de mes canines tranchantes, un fil rouge dans mon cou qui dévale ma chair hérissée de haine. Mes yeux exorbités par la rage, comme un animal, qui tournent dans leurs orbites, devenus fous.
Je suis l’animal qui se regarde et qui se hait, je suis l’animal qui se regarde et qui se dit qu’il n’est pas ce qu’il est, et qui hait ce qu’il croit qu’il veut être et montrer aux autres qu’il n’est pas. Reprenons, veux-tu ? Quand je dis que je vous hais, que je vous méprise, êtes vous trop abrutis pour ne pas comprendre que c’est moi que je déteste, que c’est moi que je superpose à vos images déformées ? Donnez moi les pieux, pour crever le monstre en moi. Où sont les pals, les grills, les instruments de mon supplice ? Où sont vos regards aiguisés ? Je voudrais sentir leurs lames me dépecer vivant, arracher de mon corps les cris suppliants de l’être qui souffre le martyre. C’est quoi ces cris ? Mais non, le monde n’est pas assez cruel avec moi, il me berce et me cajole, dans mon cocon de vie sans souci. Un nid de coton pour une bête à l'agonie.
Alors c’est moi qui me regarde, qui me déchire, qui me réduit en lambeaux. Je ne suis plus que ça, un amas de guenilles sanguinolentes. Des lambeaux de moi en bouillie qui pendent et ruissellent de sang. Le dégoût, le mépris et la haine. Trois châtiments pour un seul être qui s’observe sans cesse. Arrête de penser à toi Julian, tourne toi vers les autres. Mais non, il n’y a que moi, moi, et moi. Rien d’autre. Quand je regarde mon appartement, les mots « temple du sommeil » me viennent à l’esprit, et dès lors ce n’est plus un appartement, c’est mon être que j’applique à cet endroit pour le rendre mien. Je l’enduis de mes pensées, je l’apprivoise et le dompte, comme tout ce qui est autour de moi. Moi. Un mot si simple que je ne le comprends pas. Moi ; qui suis-je ? Moi. Une personne. Une seule ? Ou personne… Je ne vois plus rien. Tout tourne. Moi. Les gens. Les rues. Moi, peint en rouge sur le décor de ma vie. Mon existence. Un chemin tracé, comme un scénario. Moi. Une identité. Julian Mahogany, presque vingt ans, étudiant en troisième année de licence de Lettres Modernes. Seul malgré les gens qui m’entourent. Mes amis, ma famille, les autres. Les femmes, et les hommes. Tout tourne. Je vous en veux. Pourtant je n’ai rien à vous reprocher. Alors je vous hais, alors je me hais. Mon cerveau fou qui vit parmi vous sans parvenir à s’insérer dans votre monde, ce monde qui n’est pas à moi. Les Autres et Moi. Vos consciences. Vos milliards de consciences. Une nuée de bulles impénétrables. Votre nuée. Votre monde. Votre moi qui n’est pas Moi. Oui je te comprends on veut croire qu’on est tous différents mais au fond on a tous les mêmes problèmes on vit tous les mêmes choses et c'est comme ça. C’est qui, ce JE qui n’est pas moi et qui me parle comme ça ? Ce n’est pas vrai, tu n’en sais rien, tu ne sais rien de moi. Vous êtes tellement abjects, tous, à croire que vous me comprenez, à essayer de pénétrer ma vie sans même la regarder avec autre chose que vos yeux qui ne sont pas les miens. Non Julian ça c’est toi. Et alors ? Moi, toi, c’est la même chose tout ça. De la merde. Rien d’autre que de la merde qui pense. Un être maudis condamné à sans cesse se regarder. Je suis mon miroir. Je suis mon propre ennemi. La voix qui parle dans ma tête. Un être de conflit, le terrain d’une guerre sans merci. Je. Le son qui sort de ma bouche et qui me dit que c’est Moi qui suis là. Là, à même le sol, recroquevillé comme un fœtus dans cette flaque de rien, ni larme, ni vomi, ni sang. Rien. Un être consumé par sa haine, desséché, vidé des ses humeurs. Evaporés, les liquides, les poisons ! Plus rien que le tempo de la haine. Et le cri, le hurlement déchirant d’une conscience maltraitée par elle-même. Et le livre est là, posé de manière insignifiante sur ma table de chevet. Là, comme si de rien n’était. Avec de la Nausée dedans. De la Nausée à l’état pur. Il faut que je me relève, malgré la Nausée qui me jette face à moi et m’oblige à regarder mon corps comme un objet. Bien, mon Corps, commençons par ça. Je m’appuie contre les murs de l’appartement qui tangue. Je m’approche du lavabo, je ne veux pas vomir. Mes mains se plaquent sur les bords et me maintiennent en équilibre. Ca tambourine dans ma tête, le sang qui frappe comme un marteau sans relâche. Tout tourne. Je relève mes yeux acajou devant mon reflet. Me voilà face au Miroir.
Que le Procès commence.
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Publié dans Julian

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S
Je les ai tous lus >_< Je m'en rappelle po, c'est différent... les sciences font tout pour chasser tout ceci de ma tête, mais je combats avec acharnement pour que lettres et chiffres puissent cohabiter... n'empêche que, dit comme ça, je comprends mieux.
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B
rhoooo..... :-(allez euh, la prochaine ce sera moi!!! na! lol
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A
Merci les Etoiles, mais je crois que c'est rapé pour les 100 coms... désolé j'étais en entrevue avec Sirius et j'ai pas pu poster bcp... Mais vous êtes adorables, et on se rattrappera sur votre 100e frag à vous ;D
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B
ben ouais, attend, 100 coms pour son 100ème fragment!!!!
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A
Belle initiative... mais avortée, dommage...
A
J'adore ton texte Alti. et vive la haine ordinaire. ou Déique qu'importe!
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A
Merci Aldé :D