Cube
Dijon
Julian
A mon réveil, la première sensation qui m’effleure est celle du froid. Ca y est. Il est là. Il ne lui a pas fallu longtemps pour investir l’appartement. Je le sens déjà, collé à mes pieds et au bout de mes doigts. Dehors, le ciel bleu pastel annonce une rentrée ensoleillée. Une lumière pâle dore la place Grangier, la rue des Godrans et la rue de la Liberté, et je rejoins les étudiants à l’arrêt de bus, les mains dissimulées dans les poches de ma veste, les yeux plissés par la lumière crue de l’astre lion. Il fait froid.Voilà le 5 qui arrive. Il ne pourrait pas s’arrêter pile devant moi, non, il faut qu’il continue de rouler sur quelques mètres pour m’obliger à le suivre bêtement. Je monte à bord en pestant intérieurement. Ca commence déjà, l’absurdité du système de la fac, avant même d’arriver sur le campus. Je regarde les jeunes de premières et deuxièmes et années en souriant. Vous allez voir, mes petits, ç’en est drôle, tant c’est outrancier, la complexité administrative et l’impossible communication entre les différents bureaux. Vous cherchez tel renseignement ? Adressez vous à l’accueil ! Et l’accueil vous renvoie à ce bureau, qui vous expédie illico presto à un autre, qui lui vous conseille de rechercher la salle x (soit x une salle quelconque). Vous voilà dans le couloir où elle devrait se trouver : u, v, w… y, z. Pas de x. En réalité, la salle x se trouve deux étages au dessus, dans un couloir annexe complètement hors-sujet, qui n’avait aucune raison de se trouver ici. Bien, vous y êtes. Mais croyez vous qu’il y a quelqu’un à l’intérieur ? Vous êtes bien candides… Et la pause café alors ! Oh, vous pouvez rager, bouillonner, vociférer en vous-même, cela ne sert à rien. C’est l’absurde qui se dresse contre vous, et votre colère ne fait que l’amuser plus encore, comme une bête fauve qu’on agace. L’administration est un système infernal voué à nous tourmenter. Sans cesse, les bureaux se déplacent et la structure se réorganise afin de nous piéger dans son dédale. Lutterez-vous contre un tel monstre ?
Je monte les marches sans relever les yeux. Je les connais par cœur maintenant, ces salles, ces couloirs, ces escaliers. Fini, la douce angoisse de se sentir perdu ici, l’excitation fébrile et la hantise à l’idée de ne pas trouver son amphi à temps. Je ne connais plus tout ça. En deux ans, j’ai ingurgité votre absurdité et l’ai lentement digérée. Elle s’est répandue dans mon sang sous le nom faussement tranquille d’habitude, et désormais je suis l’un des vôtres. Un gentil petit étudiant de L3 qui va consciencieusement suivre son année de cours en Lettres Modernes. Mes mains exercent une pression sur la porte de l’amphi, avec un mouvement nonchalant du corps qui se ploie en avant pour accompagner mon geste. La porte s’ouvre et dévoile le paysage d’une longue année à passer sur des bancs.
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