Un Zeste de Regret, un Soupçon de Doute
Dijon
Julian
Si elle continue à crisper son visage comme ça, elle finira par se faire une crampe faciale. Je n’aime pas cette fille. Je n’aime pas son air sérieux qui lui fronce les sourcils en permanence sans jamais donner à sa figure la moindre nuance. Non, elle, elle réfléchit sans cesse. Je ne veux pas qu’elle me regarde, avec ses yeux, là, ces yeux qui capturent son réel et le mâchouillent comme une grosse usine. Dieu sait ce que ça devient, au fond de son cerveau. Non, je ne veux pas être jugé par elle. Alors je ne l’aime pas.
Elle, en revanche, hante mon cœur. Non, pas elle, pas la fille de prépa. Je parle de cette autre fille, celle à qui je ne cesse de penser. Avez-vous déjà heurté une telle créature ainsi, comme dans un film, avec l’impression d’entendre le bruit de la caméra qui tourne, de sentir la chaleur des projecteurs braqués sur vous, et de percevoir le toussotement de l’ingénieur du son impatient ? Il doit y avoir une erreur dans le script, ça fait deux jours et on ne s’est toujours pas revu. Le campus de Dijon n’est tout de même pas si grand… Et j’ai beau la guetter à chaque couloir, je ne retrouve pas ses cheveux, ses cheveux détachés très bruns, sa peau de bébé qui semble si douce, son regard devenu si gentil au contact du mien, le battement de ses cils comme un éventail délicat devant ses yeux. Mais la chance ne sourit pas deux fois, et je l’ai laissée passer. J’aurais dû lui parler lundi. J’étais si fier de moi, de l’avoir interpellée, d’avoir découvert son prénom, le délicieux Lola qui me fond dans la bouche et que je me plais à répéter à mi-voix, même en plein cours, mais finalement la torture n’en est que plus vive. J’aurais dû… Je ne sais pas. Si j’avais su… Pardonne moi Lola, j’aurais dû t’inviter à… Mais comment aurait-tu réagi ? Peut-être que je ne lui plais pas. D’ailleurs, si je lui avais plu, il paraît maintenant évident qu’elle me l’aurait fait comprendre. D’accord, elle s’est retournée pour me dire son prénom. Et alors, qu’est-ce que ça prouve ?
Ca ne prouve qu’une chose, Julian, te voilà en train de rêvasser pour une fille que tu ne reverras jamais, et tu laisses le cours filer sans prendre de notes. Tâchons de l’oublier, avant que tout ça ne recommence, comme avec toi, beau dieu. Oui, l’oublier. Effacer son visage de ma mémoire. Je dois prendre soin de moi, me protéger. L’oublier. Je ne veux pas souffrir.
Si elle continue à crisper son visage comme ça, elle finira par se faire une crampe faciale. Je n’aime pas cette fille. Je n’aime pas son air sérieux qui lui fronce les sourcils en permanence sans jamais donner à sa figure la moindre nuance. Non, elle, elle réfléchit sans cesse. Je ne veux pas qu’elle me regarde, avec ses yeux, là, ces yeux qui capturent son réel et le mâchouillent comme une grosse usine. Dieu sait ce que ça devient, au fond de son cerveau. Non, je ne veux pas être jugé par elle. Alors je ne l’aime pas.Elle, en revanche, hante mon cœur. Non, pas elle, pas la fille de prépa. Je parle de cette autre fille, celle à qui je ne cesse de penser. Avez-vous déjà heurté une telle créature ainsi, comme dans un film, avec l’impression d’entendre le bruit de la caméra qui tourne, de sentir la chaleur des projecteurs braqués sur vous, et de percevoir le toussotement de l’ingénieur du son impatient ? Il doit y avoir une erreur dans le script, ça fait deux jours et on ne s’est toujours pas revu. Le campus de Dijon n’est tout de même pas si grand… Et j’ai beau la guetter à chaque couloir, je ne retrouve pas ses cheveux, ses cheveux détachés très bruns, sa peau de bébé qui semble si douce, son regard devenu si gentil au contact du mien, le battement de ses cils comme un éventail délicat devant ses yeux. Mais la chance ne sourit pas deux fois, et je l’ai laissée passer. J’aurais dû lui parler lundi. J’étais si fier de moi, de l’avoir interpellée, d’avoir découvert son prénom, le délicieux Lola qui me fond dans la bouche et que je me plais à répéter à mi-voix, même en plein cours, mais finalement la torture n’en est que plus vive. J’aurais dû… Je ne sais pas. Si j’avais su… Pardonne moi Lola, j’aurais dû t’inviter à… Mais comment aurait-tu réagi ? Peut-être que je ne lui plais pas. D’ailleurs, si je lui avais plu, il paraît maintenant évident qu’elle me l’aurait fait comprendre. D’accord, elle s’est retournée pour me dire son prénom. Et alors, qu’est-ce que ça prouve ?
Ca ne prouve qu’une chose, Julian, te voilà en train de rêvasser pour une fille que tu ne reverras jamais, et tu laisses le cours filer sans prendre de notes. Tâchons de l’oublier, avant que tout ça ne recommence, comme avec toi, beau dieu. Oui, l’oublier. Effacer son visage de ma mémoire. Je dois prendre soin de moi, me protéger. L’oublier. Je ne veux pas souffrir.
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