Des Hommes plein de Misère

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian

Odeur de gazon tondu, air vivifiant. Le soleil rend cet automne agréable. Je sors de mon amphi, sans penser à rien. Lola hante mon esprit, son visage imprimé en filigrane sur mon champ de vision, je la duplique partout, sur chaque élément de mon paysage, ce paysage qui me suit quand je marche et se meut avec moi. Soudain, sans prévenir, un type se dirige vers moi, souriant, et me serre la main vivement. En quelques secondes, je parviens à l’identifier parmi les images stockées dans ma mémoire. C’est avec lui que je suis monté sur Paris cet été, en compagnie de Nalvenn.
« Comment tu vas Seb ? Je savais pas que tu étais sur la fac !
- Non, là j’attends Nalvy. La fac c’est pas mon truc, je bosse moi ! »
C’est bien, tant mieux pour toi. Moi je suis trop lâche pour ça.

« J’arrive pas à trouver son amphi, ça fait chier. C’est un vrai labyrinthe ici. »
Sans réfléchir, je me propose pour le guider. Peut être que je pourrais faire ça comme boulot, guide à la fac pour aider tous les gens qui s’y perdent. Elle n’est pourtant pas si grande. J’ai offert mon aide à ce type sans même me poser de question alors que je ne peux pas le sentir, avec son petit air parfait. C’est le fiancé de Nalvenn, le fiancé de ma meilleure amie. Est-ce que je suis obligé de l’apprécier ? Fais semblant. Et il est là, à côté de moi, il me parle, il est beau, il est sympa. Je le déteste. Il me jette face à ma propre lâcheté, la moindre de ses expirations me rappelle en criant que je n’ai pas été voir Nalvenn, alors que je sais, au fond de moi, qu’elle ne va pas bien.
« Comment va Nalvenn ? »
Je n’arrive pas à le croire que c’est sorti de ma bouche. Sébastien, lui, se renfrogne.
« Ca peut aller. »
Nous continuons de marcher sans parler, frayant un sillon dans la masse des étudiants criards. Sébastien, peu habitué, peine à me suivre. Je sens sa main s’accrocher à mon épaule pour ne pas me perde.
« Tu sais, me dit-il une fois sortis de la foule compacte, son ex a débarqué chez nous il y a deux semaines. »
A l’air grave qui a saisi son visage, Sébastien me dévoile ses faiblesses. Soudain tous ses atours s’effondrent et, plus humain à mes yeux, moins parfait, moins idéal, je me sens gagné par une forte empathie à son égard.
« Il a débarqué comme ça, sans prévenir, poursuit-il, en nous disant qu’il revenait du Japon. Il a fugué de chez ses parents pour revenir ici mais sa copine a pas voulu de lui parce qu’elle lui a pas pardonné d’être parti à l’autre bout du monde sans la prévenir, une histoire de dingue quoi.
- Oui en effet.
- Il s’appelle Mathieu, elle est restée un moment avec lui au lycée, tu te souviens peut-être de lui. »
L’image d’un garçon brun, trapu, aux yeux d’un bleu envoûtant, plutôt carré et pas très grand, me revient en mémoire. Un peu le même genre que le Sébastien d’il y a quelques instants, un peu trop parfait pour s’attirer ma sympathie. Mathieu…
« Oui, je me souviens. Leur histoire s’était mal finie je crois, il a eu du mal à s’en remettre à ce qu’on m’a dit.
- Tu m’étonnes. On peut pas se remettre d’une fille comme elle. Quand tu l’as connu, tu peux plus regarder une autre fille. »
J’ai envie de le prendre dans mes bras, ce Sébastien que je n’avais jamais envisagé, ce Sébastien sensible et si éperdument amoureux. Mais je ne bouge pas. Ca doit être étrange de se savoir fiancé si jeune.
Nous arrivons devant l’amphi. Nalvenn et Sébastien s’embrassent délicatement, sans outrance, puis Nalvenn dépose un baiser sur chacune de mes joues.
« Julian m’a aidé à trouver ta salle, explique Sébastien. J’étais paumé moi.
- Merci Julian, me glisse Nalvenn avec un sourire, ses yeux incrustés de pépites de givre.
- Tu pourrais venir manger à la maison un de ces quatre, me propose Sébastien. »
Les voilà qui s’éloignent tous les deux, et je reste seul sans bouger. Je repense à Mathieu, puis à Lola. Moi aussi j’aurai un boulot, un appartement et une fiancée, un jour. Moi aussi je pourrai vous inviter chez moi, dans ma petite occidental way of life, vous verrez. J’envoie un texto à Lola.
 
« On se voit demain ? »
 
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Publié dans Julian

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M
Ah crotte oui, j'ai encore oublié...PREUM'SSS alors !(Heureusement que tu veilles toujours grand Nova ! ;) )
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A
Oui, toujours :D
M
Mais dites moi ça sent le nouveau cross-over par ici non ?!Bravo Altanounet...j'aime toujours autant ta façon de décrire les sentiments. Et puis c'est vrai, Julian devient un peu plus léger...Ca lui va pas mal non plus !
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A
Merci Min :D Mais c'est quoi cette nouvelle mode de ne plus dire "preum's"?