Le jour des morts

Publié le par Bételgeuse

Dijon
Sylvia

Je fais tourner la clef dans la serrure de ma boîte aux lettres, légère appréhension. Bruit familier de la petite porte métallique que j'ouvre lentement. Je m'attend à la trouver vide, comme souvent. Je ferme les yeux un peu plus longtemps qu'en battant des paupières, puis les ouvre face à la bouche béante faite de vieux fer un peu sale. Elle EST vide. Eh bien, pas de surprise, n'est-ce pas ? Un goût amer dans ma bouche. Ok, j'avoue, je m'attendais à trouver quelque chose, évidemment que je m'y attendais ! Et voilà, aujourd'hui, tout le monde pense à ses morts, mais personne ne pense à moi, qui suis encore vivante. Je referme violemment la petite porte ; en frappant le vide dans un bruit qui résonne dans ma poitrine, elle laisse s'échapper un rectangle immaculé. Il va falloir m'expliquer. Impression d'irréel, je flotte dans une autre dimension, elle était vide, pourtant ! Vide, et ce n'est juste pas possible que cette lettre ait été coincée dans la porte ! Zen Sylvia, on s'en tape.
L'écriture est fine et longue. Les lettres se délient, lianes immobiles, s'entrelacent et s'évitent, danse un peu magique. Comment l'écriture nous est-elle venue? Je monte les escaliers, tenant l'enveloppe presque à bout de bras, ne pouvant détacher mes yeux des lignes tracées à l'encre bleue un peu délavée. Je sais, non, je crois savoir de qui elle me vient, et mon coeur tambourine dans ma poitrine lorsque je m'imagine le moment de la lecture de la carte. C'est une carte, je la sens, un peu rigide, sous mes doigts.
Je déchire l'enveloppe à l'aide d'un couteau, et ma vue se brouille déjà, avant même d'avoir commencé à lire. C'est une carte postale de Madrid, le soleil, les castagnettes. Mes yeux parcourent les trois lignes, encore, et encore, et encore, jusqu'à ce qu'une larme tombe sur sur le « o » qui boucle la lettre, l'étalant sur la signature qui semble plus claire que le reste du texte ; aurait-elle déjà subi ce délavage à l'eau salée ? Il y a une photo dans l'enveloppe, mes deux petites soeurs, elles ont signé au dos.
« 22 années déjà. Bon anniversaire, ma petite étoile.
Tu nous manques énormément.

Te Quiero »

Publicité

Publié dans Sylvia

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Premier anniversaire d'un personnage du blog, décrit avec brio sous la plume de Bételgeuse. Bravo Betoune, et bon anniversaire petite Sylvia !
Répondre
B
tiens c'est vrai ça, premier anniversaire...mais quand Julian est-il né???!!Et oui, Bon anniversaire ma petite Sylvia adorée!!!!!! :p
B
Tout à fait d'accord avec Alsciaukat, on ressent parfaitement l'émotion que tu as voulu faire passer! G-E-N-I-A-L! ;-)
Répondre
B
merci, j'avais peur qu'on ne sente pas grand chose, j'avoue que j'ai dû l'écrire en quatrième vitesse!!
A
Au début je ne comptais pas le lire direct, le lire un peu plus tard, et puis en fait, j'ai lu les premières lignes et j'ai pas pu m'empêcher de lire le reste : bonne construction ! Un beau fragment au niveau des émotions ; pour ce qui est de la fin toutefois, je crois avoir compris d'après ce qui est dit dans le texte, mais je ne connais pas assez bien notre petite Sylvia pour en être sûr... x_x
Répondre
B
et bien, Alsciounet, ne sois pas timide, dis nous ce que tu as compris!!! (que je vois si c'était clair...)