Le Dieu à tête de Chacal
Dijon
Julian

Courir. Respirer. Courir. Respirer. Courir.Encore. Ne pas s’arrêter. Il est là, il me fixe. Comme un Œil rouge pointé sur mon Cœur.
Je cours à travers le labyrinthe. Où es-tu Nalvenn ? L’essaim de scarabées t’as-t-il déjà dévorée ? Je cours. A en perdre haleine. Les serpents de feu se tordent dans mes entrailles. Je transpire. Les murs se brouillent. La pierre suinte.
Anubis est là, partout. Ceci est son Temple. Anubis me regarde. Il est l’Œil rouge fixé sur moi en permanence. J’ai peur. De sa silhouette qui s’esquisse à chaque instant. Du tremblement des dalles sous ses pas, dans le dédale de l’effroi.
Nous sommes face à face, de part et d’autre du bassin de la cour intérieure bordée de ciel bleu. Rien ne tremble. Immobiles, baignés dans un silence. Anubis et moi.
Pour la première fois devant lui, je parle.
« Qui es-tu ? »
Je me réveille en sursaut et m’empare de mon petit carnet à songes. C’est la première fois que cela se produit et je n’ai pas l’intention de laisser ce souvenir s’échapper. Je ne lui avais jamais parlé. D’où me viennent ces rêves ? Il me semble qu’avec un petit effort, je pourrais le savoir… Veux-tu vraiment le savoir, Julian ? Es-tu disposé à t’immerger dans tes souvenirs les plus sombres ? Je vais y arriver. Je suis plus fort qu’eux. Moi aussi je suis un dieu. Je m’assieds sur le bord du lit, dans l’obscurité de l’appartement. Lola dort encore profondément, recroquevillée sous la couette. Je devrais profiter de nos derniers instants. Mais je ne peux pas.
Je passe une main sur mon visage et ferme les yeux.
Nous pénétrons dans son appartement. L’air est lourd de senteurs et de fumée, emplis de fragrances agressives, des parfums d’encens. Je connais cette odeur. Maïa est belle comme une déesse mésopotamienne, avec sa peau basanée et son visage allongé aux yeux fardés de noir. En sa présence, je n’ose pas parler, je reste paralysé par la splendeur de sa grâce, cette corolle translucide qui déborde de ses charnières physiques rehaussées d’une aura de lumière, et s’étend autour d’elle comme une méduse. Elle se meut comme une créature supérieure, comme en apesanteur. De chacun de ses gestes émane une assurance divine. Son appartement est obscur et, à travers l’opacité de l’air, je distingue vaguement la silhouette d’objets hétéroclites amoncelés ça et là.
« Je vis avec mon frère, Sethi, tu vas lui plaire je pense. Il est un peu comme toi. »
Comment peut-elle dire ça sans même me connaître ? Je suis encore trop impressionné pour me poser la question en cet instant. Tandis qu’elle s’éclipse dans la salle de bain, je m’approche d’un petit objet posé sur le rebord d’une étagère où s’empilent des bouquins divers, dont La Nausée, de Sartre, posé là, de manière insignifiante. Mais soudain, je sens un regard fixé sur moi. Comme un Œil en plein dans mon Cœur. Je relève les yeux brusquement. Depuis la mezzanine, un garçon allongé me regarde, étendu comme un félin sur le matelas qui semble lui servir de lit. Sethi ressemble beaucoup à sa sœur. En une fraction de seconde, je reconnais en lui le même sang qu’en Maïa. Il me regarde, comme un chat étendu. Son long nez fin. Ses yeux noirs bordés de cils épais. Son visage allongé à la peau mate. Ses cheveux sombres bouclant sur ses tempes et sa nuque.
« Qui es-tu ? »
Je ne comprend pas. Mes yeux reviennent sur l’objet qui avait attiré mon attention. C’est une petite statuette en bois d’ébène, une petite figurine égyptienne à corps humain avec une tête de chacal.
Je ne comprend pas. Mes yeux reviennent sur l’objet qui avait attiré mon attention. C’est une petite statuette en bois d’ébène, une petite figurine égyptienne à corps humain avec une tête de chacal.
Anubis.
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