Exercice d'objectivité

Publié le par Bételgeuse

Dijon
Sylvia

L'exercice auquel je m'essaie est difficile. Ecarter toute subjectivité, afin de me voir comme me voient les autres. Les inconnus que je croise pour la première fois, évidemment, à partir de la deuxième fois, le regard n'est plus le même, la mémoire intervient, et ajoute quelques éléments subjectifs à l'être objectif que les yeux perçoivent. Si j'y arrive, j'approcherais ma Vérité extérieure, telle qu'elle est perçue par d'autres entités qui existent par elles-mêmes, et non par Moi.
Cet homme, L., ne m'a-t-il pas passé la clef de la perversité, ce dimanche-là ? Ne suis-je pas devenue, comme lui, un être fasciné par les miroirs et leur reflet si parfait du réel ? Le Miroir est devenu nouvel amant de mes jours et de mes nuits, me retenant constamment éveillée sous la pression de Son regard. Il faut que je me détache de ma vision de Moi pour plonger toute entière dans la sienne, celle qui m'ouvrira les portes de l'objectivité.
Je ferme les yeux. L'intérieur de Moi n'est pas noir, des taches éphémères oranges et rouges se forment sur mes paupières closes. Respiration. Ne plus penser à rien qu'à la profondeur de ma respiration. Inspire. Expire... Une inspiration ronde, presque charnelle ; une expiration longue comme une étoile filante. Vvvvv. Ffffff.... Vvvvv. Ffffffff...
J'ouvre les yeux. La lumière y entra. La mémoire est encore trop vive, il le faut pourtant, il faut que j'arrive à poser sur le monde un regard de nouveau-né, vide de toute référence, vierge de toute trace humaine, première neige immaculée dans laquelle le chat du poème posera craintivement la patte. Ferme à nouveau les yeux. Vvvvv. Ffffffff.... Vvvvv. Ffffffff......
Elle est devant moi. Comme pour la première fois, rappelle-toi, comme pour la première fois. Nue, mais son arrogance suffit à la vêtir. Elle est là en quête de défi, ne cherche pas à séduire, et pourtant ! Cela lui serait tellement facile. Ses pieds sont ancrés fermement dans le sol, ses jambes ne sont que muscles longs qui se devinent sous la peau fine, si peu de graisse, si peu. Mais les hanches sont celles d'une femme, bien qu'un peu trop saillantes. La peau est claire, très blanche. Corps d'une dépressive. Les bras sont longs et paraissent faibles ; les seins sont fiers et élégants. Epaules assez larges, port de tête haïssable, mais pour qui se prend-elle ? Et les cheveux, les cheveux... Un goût métallique remonte de ma gorge tandis que mon regard coule sur cette impressionnante masse sanglante et ondulée qui glisse en forme de blessure sur ce corps qui palpite face à lui-même.
Une tension se crée dans tout mon être : oserais-je aller plus loin ? Observer mon âme par les fenêtres entrouvertes qui scrutent mon corps ? Oserais-je regarder au plus profond de Moi, plus loin encore que la Chair, apercevoir l'Esprit qui se tord à la vue de ce corps volontairement sculptural ? Le contact établi entre mes yeux et le Miroir est un fil noir qui tremble au fur et à mesure que mon regard réel s'approche de mon regard-reflet. Je m'apprête à passer un cap dangereux, réfléchis, Sylvia, réfléchis bien. Es-tu prête à te connaître jusqu'au coeur ? Tout mon corps pulse des découvertes à venir, mes mains sont moites. Es-tu prête ?
Je réussis enfin à rompre le fil noir, détournant les yeux sur le mur.

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Publié dans Sylvia

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A
Preum's. Je crois que si j'aime autant la tournure que prend Sylvia en ce moment, c'est pour la cohérence parfaite avec le passé commun qu'elle a partagé avec Julian, en compagnie du Clan de Maïa et Sethi. Ainsi, comme Julian, elle expérimente son intériorité. Ca ressemble aux Tribunaux dressés par Julian lors de ses examens de conscience, mais avec la subjectivité de Sylvia. C'en est donc jouissif. D'autant plus que "L'intérieur de Moi n'est pas noir", contrairement à ce que notre petite espagnole aurait pu nous laisser croire jusqu'à présent... C'est vraiment intéressant, tant au niveau de la psychologie du personnage qu'au niveau de l'expérience philosophique. Un régal.
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B
Altaïr, tu viens de m'ouvrir les yeux sur le double sens de la phrase "L'intérieur de Moi n'est pas noir", je t'aimmmmeeeeeeeeeeeeee!!!!!!!!! lol non mais merci ;-)