Asphyxie
Dijon
Julian
Vibration contre ma cuisse. Vibration salvatrice. Je quitte l’oppressante salle à manger où nous dînions en famille. Nous manquons d’air. Pour une fois nous sommes tous réunis, et la glace a investi nos rapports, chargeant l’air de tension. Est-ce la guerre fraternelle entre Florian et Lilian qui nous déchire ainsi ? Ou bien la présence d’Elodie, la belle fille qui dérobe son fils à ma mère ? Ou encore les hurlements de la petite Léa qui rechigne à manger ce que Maman a préparé ? Et mon père qui se tait. Lui et moi semblons avoir nos propres secrets. Est-ce cela, la source du problème, la source de l’asphyxie. Car notre famille manque d’air. Ses poumons sont atrophiés ; il y a trop de non-dits qui infestent leurs alvéoles. Je monte les escaliers pour ne pas être entendu, et décroche le portable. Une voix familière me parvient, tout contre mon oreille.« Allô Julian ? Oui heu… c'est Lola.
- Ah. Salut.
- J'te dérange pas ?
- Non.
- Heu... Je sais que j'aurais pas dû appeler mais je voulais prendre des nouvelles...
- Bah écoute ça va.
- J'ai l'impression que t'as pas très envie de me parler... T'es sûr que ça va ?
- Je... ça va pas très fort en fait.
- Je sais que la situation est un peu... enfin tu vois ce que je veux dire. Mais je suis là... si t'as envie, ou besoin d'en parler... »
Les larmes me montent aux yeux et perlent sur mes joues. Presse mon visage contre ta poitrine chaude, je ne veux pas être seul… Ta voix peut me libérer de mes angoisses… Ma princesse, je manque d'air... J'étouffe...
Il ne faut surtout pas que tu entendes mes sanglots.
« Eh bien c'est gentil Lola... Nalvenn est partie avec son mari et... Je...
- Ah oui, le mariage, c'est vrai. Mais elle reviendra tu sais... mais tu sais je te connais mieux que ce que tu sembles penser, et je sais que c'est pas tout...
- C'est à cause de ce qui s'est passé avec... Tu sais...
- Mmm... comment oublier oui. Mais heu... enfin je sais pas si ça me regarde encore mais... enfin si t'as envie de m'expliquer heu...
- J'ai fait des tests cette semaine. Ils... ils m'ont dit qu'il y avait un problème. L'infirmière m'a expliqué que ça irait, que ça arrivait... Je dois y retourner demain pour qu'ils me confirment ça. »
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