La solitude de Noël
Bruxelles
Angela
Maman est partie hier, malgré son envie de rester auprès de sa fille, auprès du prolongement d’elle-même qui lui ressemble si peu dans le miroir. Petite fille je ne comprenais pas pourquoi je n’étais pas blonde comme elle. Cette chevelure que j’enviais, moi la petite fille aux traits arabes. Son billet d’avion avait une date retour qu’elle ne pouvait changer, et c’est le cœur serré qu’elle referma sa seconde valise. La larme à l’œil, avec la retenue qui la caractérise si bien, elle a franchi les portes et a disparu de mon champ de vision, de mon présent. Mais ma réserve à moi a atteint son paroxysme. Allongée sur mon canapé, j’observe la solitude qui envahit l’espace, cet abandon qui m’empare. Être seule le jour de Noël, n’est ce pas la chose la plus triste qu’il m’ait été donné de vivre ? Hugo est parti rejoindre sa famille en Italie. Et chacune de mes amies a trouvé la chaleur réconfortante de son foyer. Un petit sapin décoré de boules rouges et dorées trône au milieu du salon, maman a tenu à le décorer, elle trouvait l’appartement trop triste. Les guirlandes scintillent et un paquet aussi seul que je le suis, est posé nonchalamment sur le sol. Maman l’a déposé hier. Et je n’ai pas osé l’ouvrir. En découvrir le contenu ferait éclater en sanglots l’émotion intense qui envahit ma gorge. J’ai également coupé mon portable pour éviter à mon esprit mélancolique de se confronter aux messages traditionnels de joyeuses fêtes. Je ne me suis jamais sentie aussi seule de toute ma vie. Elle est bien éloignée cette époque où nous étions tous réunis autour d’une table couverte de plus de nourriture qu’il n’en fallait, où les rires des uns et des autres ponctuaient ce moment magique où nous étions une véritable famille. Et c’est là que l’on regrette tant de gestes manqués, tant de mots retenus, tant de je t’aime contenus, tant de moments que je ne vivrai plus, parce que les uns sont partis vers un autre monde, et les autres bien que vivants, sont trop loin pour que j’entende battre leur coeur. Demain, la vie reprendra sa course folle. Aussi seule que je sois, il faut que je retrouve l’esprit de Noël. Cet amour, aussi faux soit-il, qui une fois par an, vous donne l’impression d’être entouré. Je me lève, prends mes clés, descends les deux étages. Le froid brûle ma peau. Je marche, je marche. Cette bâtisse à l’aspect froid me donne étrangement du baume au cœur. J’entre et je me glisse discrètement au dernier rang. Entourée des fidèles, la pécheresse que je suis entonne un « je vous salue Marie » enfoui si loin dans ma mémoire. Déjà mes mains se réchauffent, mon cœur a un peu moins froid.
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