Résurrection
Dijon
Julian
Je suis mort. Tout est blanc. Paradis éthéré. La grève immaculée que lèche une écume translucide borde les montagnes bleu glacier en s’étalant sous mes pieds nus. Le froid me brûle. Je regarde le soleil pâle qui me regarde comme un Œil géant et blanc dans le ciel éclatant.
J’ai peur.
Nalvenn court dans ma direction, nue sous sa robe de soie blanche. Elle se jette sur moi et ensevelit mes yeux sous ses mains qui me masquent la lumière crue de l’astre lion. Laisse moi me blottir contre ta poitrine chaude, là où le cœur-grenouille pulse plein d’amour. La plage devient de plus en plus transparente. Tout s’efface. Vais-je devenir néant à jamais ?
J’entends le bruit du vent au dehors.
Nalvenn glisse une plume d’oiseau dans mes cheveux, calée derrière mon oreille. Son sourire me parle ; je lis sur ses dents et le mouvement infime de ses lèvres.
Rien n’est encore fini.
Je me réveille dans une chambre d’hôpital. Dehors, dans la nuit, une épouvantable tempête agite les arbres et frappe les fenêtres. La Bourgogne est assiégée par les vents.
Je suis sous perfusion. Le tube est planté dans la peau de mon bras et relié à cette poche où s’écoule le liquide goutte à goutte.
Le sang qui perle et se déverse sur le carrelage de la salle de bain. C’est Jonathan qui est venu pour maîtriser Jed. Personne n’était là pour toi quand il t’a tabassé, Jon. Pourquoi étais-tu là pour moi ? Je ne peux plus bouger. Vite, me traîner hors de la salle de bain, dans la chambre, vite Christelle, aide-le à me porter. Il y a cet autre type, celui avec les yeux plein d’orage. Et elle aussi, la fille aux cheveux de sang. Discrètement, ne pas faire bruire la rumeur. Les autres ne doivent pas savoir. Ne pas perdre connaissance, ne pas perdre…
On a coupé la tête à Saddam Hussein !
Je suis en vie. Ressuscité ? Par quel miracle ? Je ne crois pas en Toi, grand Œil. Est-ce qu’il fallait que je vive ? Est-ce que tout ça a un sens ? Non, aucun sens, à part celui que j’imaginerai.
Lola est endormie sur le siège à côté de moi. Ses cheveux noirs en cascade tout autour de son visage. Sa peau de bébé et sa bouche rouge tendre. Ses paupières au longs cils fins et noirs délicatement fermées.
J’étends mes bras en croix et laisse une volute d’oxygène pénétrer mes poumons, s’infiltrer dans mes alvéoles et envahir mon sang, le temps d’une bouffée. Comme c’est délicieux, ce doux mouvement de l’air qui entre et sort de ma bouche.
Je respire.
Ecouter le son du sang dans mes veines et mes artères, le halètement de mon cœur en activité. Sentir la pression du réel sur ma peau et ses impressions par mes sens. Etre le réceptacle du monde. Tous ces mots dans ma tête, qui grouillent et croissent. C’est le langage fondateur, le Verbe de Dieu. Et que la lumière soit.
Je suis en vie.
Vous l’avez laissé sur la petite table, à ma disposition pour mon réveil. Je préfère laisser dormir Lola. Ouvre l’écran, allume l’ordinateur. Bienvenue. Veuillez patienter. Je lance Word.
Une page blanche apparaît.
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