Habitudes
La fumée sort de ma bouche en volutes qui s'envolent dans le ciel sombre, comme toujours. C'en est presque rassurant ; ma gorge brûle de cette âcreté délicieusement familière, comme toujours, et comme toujours mes poumons s'engluent dans le goudron que je leur offre. Comme avant... Le whisky a toujours le même goût, et mes papilles frissonnent toujours au contact de l'alcool. Au fond, c'est facile d'oublier, il suffit de faire comme si de rien n'était. Je devrais peut-être Lui en parler... J'ose à peine imaginer le drame s'Il apprend que j'ai fait ça en étant parfaitement au courant. Lui proposer d'aller faire un test ? Mouais... Ne rien lui dire ? Ma gorge se serre à cette pensée. Il n'y a pas grand chose dont je puisse être fière dans ma vie, mais là, ce serait vraiment la pire horreur que j'aie jamais faite.
Froissement du drap. Il se retourne dans le lit, Ses yeux s'ouvrent d'eux-même un quart de seconde, se referment. Il est tellement touchant quand Il émerge, les cheveux en bataille et le cerveau au ralenti. « Qu'est-ce qui se passe ? » Sa voix est rocailleuse et escarpée comme une falaise surplombant le vide. « Rien. J'arrivais pas à dormir. » De Sa gorge s'échappe un « hummm... » un peu rauque, tandis qu'Il reserre la couette autour de Lui. Murmure. « Viens... » Je tire une dernière latte, écrase ma clope, referme la fenêtre. Il frissonne un peu lorsque mon corps froid s'allonge à côté du sien et prend sa place entre Ses bras. Ses lèvres embrassent mon épaule ; et bientôt Sa main glisse sur mon flanc, descendant vers mon ventre, caressant la fine cicatrice qui orne la peau tendre. Je sens la chaleur du désir monter en moi, comme toujours. Et une fois de plus, mon corps et mon esprit ne sont pas d'accord. Mais après tout, pour lui aussi, il est déjà trop tard, non ?
Alors ma main se glisse vers Son dos, et se repaît de la douceur de Sa peau, comme toujours.