Suis-je Amour ou Phébus?
Dijon
Julian
Amour, Amour ! Détestable poison ! Que n’ai-je pas su geler ton ardeur mortifère dès lors que ta fièvre a grimpé en moi ! Dès ces premiers jours où tu t’es instillé, sinistre nectar, en mon Cœur et jusqu’aux profondeurs sans nom, j’aurais dû prévoir le chemin que tu me dicterais, voix habile à semer le trouble et la confusion, souffle perfide ! Mon Esprit est victime de tes machinations, et mon Corps s’embourbe dans ta Trahison. J’ai beau écrire pour transcender le mal, rien n’y fait. La vérité est toujours là, tangible, elle flotte autour de moi et se rappelle à mon oreille en chaque instant, et elle murmure : « je suis là ». Ca nous a lié l’un à l’autre dès les premières secondes. Ca nous a contraint à nous revoir. Ca a envahi nos pensées et nos peaux. Ca s’est propagé jusqu’aux fibres, jusqu’à l’essence. Ca a collé nos bouches l’une à l’autre. Ca a rencontré nos corps nus sur le piédestal de l’Ivresse. Et Ca a fait germer une fleur au sein du ventre nourricier.
Il est là quelque part, son cœur bat, les palpitations de son foutu cœur me suivent partout où je vais. Un martèlement de petites pulsations incessantes, comme une obsession. Laisse moi tranquille, merde, je ne veux pas être ton père, je ne peux pas ! Mon dieu, que vont ils dire ? Que vont-ils tous penser ? Maman, toi qui m’aimais tant… Papa, toi qui espérais tant…
Je ne suis pas prêt pour ça, je ne suis pas prêt à laisser ma vie basculer face à une telle responsabilité. Et toi Lola, tu n’es qu’une gamine, comment peux tu imaginer que tu sauras éduquer un enfant ? As-tu idée de quelle vaine entreprise t’attend ? Car moi je ne serai pas là pour toi. Je suis lâche, tu sais.
Et de la même manière que j’ai oublié le Clan de Maya et Sethi, j’oublierai une fois encore ce que je ne peux affronter. Je sais franchir les eaux calmes du Léthé. Je vais enclore ton souvenir dans une urne maudite et à jamais la sceller, et l’enfouir dans les tréfonds de la terre noire, au creux de mon cerveau.
J’oublierai jusqu’à ton nom, et ton existence.
Mon corps s’effondre sur le sol et se replie comme un papier froissé. Ne pas bouger. Devenir minéral. La substance qui me fait dieu, immobile, va refroidir et se solidifier. Je deviendrai un bloc de glace que plus rien ne pourra fondre, je deviendrai pierre. Dernières bribes de pensées cohérentes. C’est la Saint Valentin aujourd’hui, le sais tu ?
Je t’aimais Lola, ne m’en veux pas de n’être pas assez fort.
Désormais qui viendra me sauver ?
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