De l'amitié avant toute chose
Bruxelles
Angela
Il faut que j’arrête de regarder ma montre. Son arrivée est imminente. C’est juste que je me sens un peu seule assise au bar. Un homme, accompagné de deux amis, n’a de cesse de me regarder depuis mon arrivée. Enervant. Je me sens déshabillée du regard. En plus, faut dire ce qui est, il est laid. J’évite un maximum de poser mon regard vers ce côté de la boîte. Il risque d’interpréter le moindre clignement de paupière comme une ouverture. Je décide donc de plonger mon regard dans mon Pink Elephant. Ma boisson préférée. Du rhum, du jus d’ananas, de la grenadine et un peu de liqueur de coco. Pourtant, je hais la noix de coco. Ca me donne envie de vomir. Comme quoi, à petite dose, tout passe. Même les regards insistants. Mais à petite dose je disais ! Là, ça commence à me donner la nausée. Ca fait dix-neuf minutes que j’attends. J’en peux plus ! Maman me dit toujours : « Dans la vie, il faut savoir patienter pour les choses qui en valent la peine, patience ma chérie, patience. » C’est mon plus grand défaut. Attendre. Pourtant je le savais, elle est toujours en retard, j’aurais du arriver plus…
« Coucouuuuuuuuuuuuuuuuu ! Désolée pour le retard Angie !! »
Elle est là, ma petite américaine. Terry. On se sert affectueusement dans les bras. J’en ai presque les larmes aux yeux de la retrouver après tout ce temps gâché. Qu’est ce qu’elle m’a manqué… Elle commande son habituel TGV. Je n’ai jamais compris comment elle arrivait à avaler ce truc. Trois alcools purs, c’est de la folie. C’est tout elle ça, le train à grande vitesse. Fonçant droit devant, quoi qu’il arrive, sans se retourner. Et fidèle à elle-même, elle n’en parle pas de ce passé houleux, ni d’Hugo, ni de Max. Ni des filles d’ailleurs. On ne parle que de nous. Nos rêves, nos aspirations, notre amitié de toujours. Et ça fait du bien. En la retrouvant, j’ai le sentiment de retrouver une part de moi-même que j’avais perdu en chemin. Cette force qui me permettait d’avancer malgré les obstacles. Cette capacité de rêver à un avenir meilleur. C’est avec elle que j’ai grandi, que j’ai appris la vie. Je me souviens de nos longues nuits d’été, allongée dans son grenier avec le velux juste au dessus de nous, contemplant les étoiles, nous avions quinze ans. Et on s’interrogeait « Où allons-nous être dans dix ans ?». Elle rêvait d’ouvrir sa propre boîte de nuit et moi de monter mon école de danse. Et nous voilà, dix ans plus tard. Avec les mêmes ambitions, que l’on touche désormais du bout des doigts.
Dans notre stupide pacte d’amitié, il y avait la close numéro trois « ne jamais se disputer pour un garçon ». Je m’en souviens encore. Et dire que j’ai failli brisé ce pacte, pas si stupide que ça. Nous avions déjà tout compris à quinze ans. La musique a toujours été notre passion commune. Alors comme pour sceller nos retrouvailles, on décide de prendre possession de la piste de danse. Enchaînant les chorégraphies débiles, et les fous rires aussi. De la musique avant toute chose disait Verlaine… Et j’ajouterais, de l’amitié, oui… de l’amitié avant toute chose…
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