Usé, éclusé, médusé

Publié le par Procyon

Plombières
Alexandre

17h02. De ma chaise. Je me lève. Je me lève de ma chaise. Jette ce stylo. J’enfile un pantalon. Faire des devoirs un premier jour de vacances, c’est impensable. Impossible. C’est surtout que je n’arrive pas à penser à ce que je fais. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de concentration, mais le souvenir de cette nuit-là est latent et incessant. Dans chacun des murs de ma chambre, il se cache ; dans chacun des bruits de mon bureau il tente de s’expliquer ; dans chacun de mes mouvements, il me hante. Il me hante. J’en deviens fou. Fou. Je n’en peux plus. Je ne peux plus rien faire sans y penser. Je suis devant le lavabo avec ma brosse à dents et je vois Laura dans la glace. Je me branle et voilà le Capitaine Haddock qui vient participer. Je mange, soudain ma patate est creuse et dissimule quelque chose. Mais quoi ? Quoi ? Quoi ?
Que dissimule-t-elle ? Quelle est la clé de l’histoire ? Je referme la porte, grimpe sur mon vélo et me voilà parti. J’ai pris le chemin le plus court, forcément. Si bien qu’au lieu de mettre moins de trente secondes, j’ai mis plus de trente minutes pour arriver.
Le code à huit chiffres. Voilà la caverne d’Alibaba qui s’ouvre. Encore une fois. Mes pas rapides savent où aller. Je me poste devant un casier. Lève les bras. J’attrape le plus beau de tous mes jouets d’enfant. Ce n’est en réalité pas un jouet. Mais c’est mon rêve d’enfant. Je le tiens à bout de bras. J’enlève le tissu protecteur. Il est étincelant. Comme la première fois que je l’ai porté. Enorme fierté. L’avoir dans mes mains, c’est tout. C’est un rien qui fait déjà beaucoup. Je le retourne. Ma main fouille sous une des protections internes. Il est toujours là. Le petit bonhomme.
Je l’avais éloigné de ma vue. Mais maintenant j’en suis sûr. Je le dévisse une dernière fois. La forme du trou à l’intérieur est particulière. Mais je ne saurais replacer cette forme dans mon quotidien.
Je ressors de la caserne, bonhomme en poche. Je vais, lâchant mon vélo dans l’herbe, m’accouder à la rambarde de l’écluse. L’écoulement de l’eau m’est familier. On venait souvent ici avec Laura étant petits.
Elle s’est peut être servi de moi avec ce morceau de plastique. Mais le plus important c’est que c’est de moi qu’elle s’est servi. Et pas d’un autre. Elle a confiance en moi. Et j’ai confiance en elle. Elle devait avoir de bonnes raisons. Ma sœur est une fille bien. Et moi, ça me soulage de le savoir. De le penser. De le jeter. Et alors, sans m’en rendre compte, j’ai de toutes mes forces lancé le plus loin possible la petite figurine, qui flotte quelques instants avant de s’enfoncer à jamais dans les profondeurs du canal. Je souris.
Oublié dans la vase, personne n’entendra plus jamais parlé de cette histoire. Et moi j’aime toujours autant ma sœur. Je souris.
Rentré chez moi, je dépose sans aucune délicatesse mes chaussures dans le placard, avant de m’avachir dans le canapé. Soudain mon téléphone sonne. Je fouille ma poche, et tire en même temps que mon portable…
Déconfit, je suis déconfit. Je ne souris plus.
… le Capitaine Haddock.

Publicité

Publié dans [Alexandre]

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
merci,<br /> bien alsciau, clé ou drogue étaient mes premières idées...<br /> hallucination, je ne pense pas!
Répondre
A
Beh moi j'ai plutôt bien aimé :)Déjà je pense à peu près comprendre ce qui s'est passé au niveau de Laura, même si on ne sait pas encore ce qu'elle av ait caché dans la petite figurine... une clé ? De la... Drogue ? :PEt j'me dis qu'il doit commencer à être sérieusement fatigué pour se faire des hallucinations pareilles...
Répondre
B
heyhey.... un rayon.. de soleil ?? (pour rester dans l'infini et au-delà ..:p)(ouhla je fatigue, moi lol)
Répondre
A
D'accord avec Bétoune sur tous les points (beh oui c'est une Super Géante notre Bet-Bet, elle en connait un rayon maintenant...). Bien que le frag soit sympathique, attention à ne pas virer dans le fantastique avec ce fil.
Répondre
B
on a le droit au fantastique maintenant sur les Etoiles d'Encre ?!!le début du fragment fait plus "travaillé" que d'habitude, ce qui ne peut être qu'un bon point (de travailler ses textes !!)par contre, petit flottement familier au moment où il attrape je ne sais quoi pour en sortir le Kpt'n ( le problème étant qu'on ne comprend pas trop ce qu'il se passe, mais il vient peut-être de moi...)le passé au milieu des présents me gêne aussi un peu, et j'ai relevé deux ou trois autres fautes...( hey oui, n'oubliez pas la Guerre !!! )
Répondre