Les morceaux sanglants qui s'échappent de mon corps épuisé
Dijon
Sylvia
Quinte de toux. Ma gorge irritée crache des glaires rougeâtres, les mêmes que celles qui encombrent mes narines et m'obligent à respirer par la bouche. Si je n'étais pas aussi amorphe, je m'énerverais d'être malade à ce point. La fumée me crame et la gorge et les bronches ; je tousse à chaque bouffée, mais c'est ça ou avoir les yeux défoncés par la poudre, j'ai l'impression qu'il n'y a plus de barrière entre eux et mon nez, et qu'elle passe directement de la table aux globes oculaires, derrière, et qu'elle les paralyse. Et inutile de penser à un petit verre de whisky, il ne resterait pas longtemps dans mon estomac.Alors je me contente de tousser. Encore et encore. De cracher ce qui pourrait être des morceaux de mon cerveau ; de perdre des litres de morve par jour. J'ai mal jusque dans les oreilles, lorsque je vomis, il me semble que la gerbe grumeleuse va ressortir par là, à côté de mes tempes bleuies par les vaisseaux éclatés.
Sylvia, si tu ne réponds pas parce que tu es vraiment malade, prend au moins rendez-vous chez le médecin ! Tu sais que ça m'inquiète de te savoir comme ça...
De quoi il se mêle ce petit con ? Lâche-moi, putain, bientôt tu en auras assez à faire avec toi-même, ton propre poison...
Je mets de l'eau à bouillir. Pensée furtive pour un autre petit con.
Quinte de toux. Glaires rougeâtres. Mon corps épuisé me supplie de l'aider à se défendre.
Juste pour cette putain de gorge, alors...
Je reprends le téléphone.
Publicité