Quand la forêt se met en marche contre mon Destin Publié le 28 février 2007 par Altaïr Dijon Julian L’eau s’écoule sur nos corps lovés l’un contre l’autre. Moi en toi, et l’orgasme qui monte et soude nos chairs en communion. Peau à peau sous l’eau qui nous épouse. Tes cheveux noirs ruisselants entrelacent mes boucles de dieu. Ton Ventre porteur de vie collé contre le mien. Le halètement de ton souffle. Ce frémissement qui nous parcourt… Nous faisons l’amour à trois désormais. Ta bouche se pose sur la mienne et nos langues qui s’entremêlent font vibrer mon cœur comme un petit instrument. Je t’aime. Sylvain m’a donné rendez-vous dans un café que je ne connaissais pas, le Dionysos, un petit pub sombre et isolé qui semble timidement encastré dans les murs pour ne pas se faire remarquer. Je me demande comment tu fais cela Sylvain, tu as toujours eu un don pour dénicher les endroits cachés et insolites. Mais après tout, peu importe, tu es là, toi le meilleur ami que j’ai jamais eu, de retour à Dijon pour quelques jours, et rien ne saurait me rendre plus heureux. J’aime la nonchalance bienveillante de ton corps grand et maigre, j’aime ta silhouette dégingandée aux articulations démantibulées, si bien que tu ressembles à une marionnette praguoise tirée par des fils invisibles, j’aime la façon dont tu passes ta main dans tes cheveux, non pas pour te donner un style, mais juste comme ça, parce que tu aimes la sensation de faire glisser tes doigts parmi tes épis bruns. Ce bar te ressemble. Il ne paye pas de mine, simple et chaleureux, il a même un certain charme, avec ses tables de bois et son comptoir ancien, et cette obscurité rassurante. La dernière fois que je t’ai vu Sylvain, t’en souviens-tu ? Le mois de Décembre s’ouvrait à peine, dans les brumes incertaines, Lola et moi venions de nous séparer suite à « l’incident » avec Jonathan, et grandissait secrètement en moi la peur glacée de la séropositivité. Mais c’est mon Père qui a payé pour moi. Le cancer. Un putain de cancer qui lui pourrit le cerveau. Mon Père, serviteur implacable du souverain Papier, a le pied dans la tombe, tu imagines ça ? Lola et moi, on s’est remis ensemble, finalement. Elle est enceinte, figure toi. Bien sûr, de moi, de qui veux-tu qu’il s’agisse ? « Jusqu’à preuve du contraire, lâche Sylvain d’une voix d’orme, pendant que tu couchais avec Jonathan, tu n’as aucune preuve que Lola n’a rien fait dans les bras de son ancien petit ami. » La remarque de Sylvain me secoue un peu, mais je la balaye d’un sourire. C’est ridicule. C’est moi le salaud. Alors laisse moi te raconter le reste : le jour de l’An, Jed a débarqué pendant la fête et m’a tabassé dans les toilettes, j’ai dû rester plusieurs jours à l’hôpital. Il voulait se venger. Jed est comme un loup-garou tu sais. La plupart du temps c’est un garçon gentil, intelligent et sentimental, mais je l’ai vu se métamorphoser en une bête assoiffée de sang. C’est là que tout a commencé à partir en vrille, quand j’ai décidé d’arrêter mes études pour me pencher sur l’écriture, le Secret, tout ça… « Le Secret ? » Je regarde Sylvain sans savoir comment lui expliquer. Moi-même, je n’y comprends rien, et à nouveau, il me vient cette envie de tout laisser tomber, d’abandonner cette quête, l’idée stupide de ce lien qui me connecte à Jed et à d’autres que je ne connais même pas. Au diable Nathan et sa boîte, au diable Arthur et les dieux, tout ça ne veut rien dire. J’en ai marre d’entendre ces voix dans ma tête. Je ne veux pas devenir dingue. Il est temps de me replonger dans les eaux glacées du réel. Je vais être père, bon dieu... « Il faudrait que je trouve un boulot, dis-je en baissant les yeux. - Justement Julian, à ce propos, me fait Sylvain de sa voix douce comme le bois, notre troupe va venir monter une pièce à Dijon, et il y a peut-être un rôle pour toi. » Publicité