Destination Christelle

Publié le par Alsciaukat

Chambray-lès-Tours
Léopold

Des frites. Pourquoi pas. J’ai préféré ne rien dire quand il a commandé cela pour moi, comme il le faisait quand j’étais gosse. Après tout, ce n’est pas mauvais, des frites. Et surtout, je n’ai pas voulu l’interrompre. La flamme dans ses yeux m’intrigue. En y repensant, cela fait déjà une semaine environ qu’elle se cache derrière ses prunelles, frêle, mais présente. Seulement, je ne le regarde pas assez pour m’en être rendu compte avant ce midi.
Je crois que ce n’est pas volontaire, mais il retourne s’asseoir dans le coin où nous mangions toujours lorsque nous venions ici. De gros abats jour couvrent les lampes, diffusant dans la salle une lumière tamisée, guère rehaussée par le temps maussade qui règne à l’extérieur. Près de l’entrée trône un minuscule manège autour duquel quelques gamins courent.
Jérôme s’installe confortablement, m’invite à faire de même en face, un sourire un peu idiot sur le visage. « On se voit si peu », m’a-t-il dit en m’invitant au restaurant. C’est vrai. Même le soir on ne mange pas toujours ensemble, et souvent c’est devant les informations.
« Au fait, je ne t’ai même pas demandé, ça va, les frites ? »
J’acquiesce en silence et en mange une. Ça va. Il s’est passé quelque chose hier, chez Jérôme. Il semble se réveiller d’un sommeil de neuf ans, comme un pantin oublié dont on retire la poussière et dont on huile peu à peu les articulations pour qu’il recommence à se mouvoir.
C’est cette collègue, je pense. Ou du moins, elle joue un rôle. Nous ne sommes pas partis en vacances depuis sept ans. Il n’y pensait même pas, je crois. Ça ne lui venait pas à l’esprit que l’on puisse tous les deux aller ailleurs, un peu. Il était simplement perdu, figé dans sa volonté d’oubli. Et cela m’allait très bien.
« Alors, tu as réfléchi pour les vacances ? »
J’hésite. J’y ai beaucoup réfléchi. Réfléchi à cette femme qui lui a proposé de partir avec elle. Et moi. Cette femme qui s’immisce ainsi dans notre vie, et redonne un souffle à mon père. Je ne veux pas d’elle. Ma vie me convient. Laisse Jérôme.
Si je pars avec eux, je pourrai ruiner tout ce qui pourrait se passer. Je pourrai être au fait de la situation, répandre mon venin et rester dans mon confort habituel. Mais je devrai être avec eux. Je devrai les subir, subir les Landes. Si je ne viens pas, je pourrai être seul dans la maison, tranquille. Et tout se passera dans mon dos.
« Tu peux me donner plus de détails peut-être ?
- Oui oui bien sûr, c’est une collègue avec qui je m’entends bien, Christelle, divorcée depuis quelques années, on irait avec elle et sa fille de quinze ans, ils ne voulaient pas aller seuls en vacances, alors quand je lui ai dit, à Christelle, que j’avais un fils, elle s’est dit qu’elle, sa fille, et toi, vous pourriez vous entendre, et qu’ainsi on passerait tous d’agréables vacances, tu en dis quoi ? »
J’en dis que si tu continues à parler comme ça, je ne vais pas tarder à avoir une migraine… Bon sang, supporter la fille en plus… A quinze ans, les filles sont pires que tout. Je le sais, je les ai assez observé au lycée. Mais Jérôme a l’air fou amoureux de cette Christelle, il n’y a qu’à voir la manière dont il en parle. Ça ne peut pas aller.
« C’est d’accord, ça me fera une semaine de repos. »
Il a un sourire, un sourire franc et inhabituel sur son visage, qui éclipse l’air de chien battu. Il est beau, comme ça.

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Publié dans Léopold

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S
Ca le fait pas vraiment de dire ça parce que je ne lis pas souvent, mais c'est vraimant vrai, vraiment. Jérome a quelque chose de mon père, ou l'inverse. Et c'est troublant. Troublant et bien écrit.
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A
Eh bien... merci :)Pour ce Jérôme, je ne sais pas, il me vient très très naturellement comme personnage, peut-être parce qu'en certains points il me fait penser à des gens que je connais, et qu'au final ce caractère je l'ai en moi qui dort quelque part...
A
Oui, ok, j'ai compris pour la mère maintenant, mais bon, c'est comme souvent avec Bételgeuse, on peut pas tout comprendre du premier coup, parfois vous etes TROP subtils en ce qui concerne des infos capitales... Et tu trouves que ça bouge trop vite dans mon fil, j'imagine?
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A
Si tu penses avoir compris je te fais confiance :) Ceci dit c'était pas la volonté d'être subtil ici, c'était... je sais pas, une envie impérieuse de ne pas l'écrire en toute lettre. Oui, au final, une envie de subtilité, mais plus dans le style que dans la livraison d'infos. Boarf j'vois pas bien comment expliquer pourquoi j'veux pas l'écrire lettre par lettre.Sinon dans ton fil, de manière générale non, ça ne bouge pas trop vite à mon goût, surtout que quand c'est régulier ça peut se permettre d'aller un peu plus vite. Après oui, y a certains passages où c'est rapide, mais dans la vie aussi ça arrive que ça aille vite, donc j'trouve que ça va :) Sinon j'te l'aurais sans doute déjà dit sur msn.
A
Bien, un petit sursaut de nouveauté dans la vie de Léo, pfiou, ça fait du bien ! Ton fil commençait à s'endormir un peu, espérons que tu sauras tenir celui-ci avec énergie :D En tout cas c'est un plaisir de voir un peu le personnage du père sur le devant de la scène. Mais ça craint pour la mère, non? :S
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A
Oui, l'histoire de Léo en général, où les seules choses qui bougent un tant soit peu sont les relations qu'il a avec les autres, évolue pas bien vite... mais je trouve ça pas crédible les trucs qui bougent trop vite, alors je m'efforce toujours de tout ralentir, de faire des changements en douceur...Là c'est vrai que c'est rapide ! Mais bon j'me dis que ce genre de chose peut se permettre d'être rapide...Quant à la mère, je t'ai déjà vu plus perspicace ;) Bon c'est vrai que là avec celui d'hier tu es sur la mauvaise piste, toutes les pensées de Léo ne sont pas à lire au premier degré ;)
B
c'est mignon, il se sacrifie pour son père... quoiqu'en fait non, s'il décide de tout foutre en l'air...halala, Léo, Léo... jusqu'où nous emmèneras-tu ??
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A
Ca lui ferait du bien de tout foutre en l'air, il s'ennuie un peu en prépa :)
B
pitié, pas de "ensembles" !!! ... (bon je retourne à ma lecture :p)
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A
Arf désolé j'avais pas encore lu ton précédent commentaire en écrivant ce frag, dorénavant j'y ferai gaffe.