De pulser la colère en moi ne peut plus sarrêter
Dijon
Julian
Elle monte en moi, comme un souffle de feu, je la sens vibrer dans mes mains jusqu’au bout des doigts, la vague sourde et rouge qui embrase ma peau et la fait trembler. Ma tête bouillonne, mes lèvres frissonnent. Ca va sortir, par ma voix, le flot des mots hérissés comme des hallebardes pour déchirer ta chair. La colère a envahi mon Corps et investi mon Esprit. Mon Cœur en branle n’a plus aucun pouvoir.« Je suis désolé Julian, c’était une opportunité, je l’ai prise…
- Tu m’as trahi Sylvain, merde, tu es mon meilleur ami tu pouvais pas me faire ça !
- Je suis désolé…
- Tu crois que ça suffit d’être désolé, de prendre ce petit air chagriné pour m’apitoyer ?! Merde putain Sylvain ma copine est enceinte, ma famille a plus confiance en moi, j’ai rien du tout dans ma vie, pourquoi tu es venu me proposer ça si c’était pour me le reprendre ensuite ?!
- Je savais pas que j’aurais pu… Et puis je pensais pas que tu étais vraiment intéressé… »
Ton regard sincère et perdu, petit être de bois, ne m’attendrit pas. La colère me rend autre et en cet instant, je voudrais te détruire par la force de mots plus durs les uns que les autres. Ma voix s’élève.
« Tu aurais dû savoir merde, ça se voyait pas que j’étais dans la merde ?! Tu vis dans ton petit monde à Besançon avec tes petites études tranquilles, tu réalises pas ce que moi je vis ! J’ai besoin de tune là Sylvain !
- On fait pas du théâtre pour la tune, c’est une passion… Allez tu me fais chier, t’as qu’à te trouver un autre boulot et te démerder tout seul. J’y suis pour rien si t’as pas confiance en toi. »
Sylvain, le meilleur ami que j’ai jamais eu, claque la porte derrière lui. Aussitôt, les murs de mon temple du sommeil me renvoient les pulsations du silence qui bat comme une grosse sphère rouge dans ma tête.
Et je voudrais te battre Jed, te fracasser le crâne et faire gicler ton sang, je me souviens si bien de tes phalanges frappant mon visage aux multiples contusions. Qu’est-ce que tu fous là ? Tu as assisté à la scène et m’a transmis ta colère de loup.
« Nous ne comptons plus Julian. »
Non Nalvenn, ne part pas, ne me laisse pas seul, tu avais promis ! Des landes boréales où tu t’es retirée, plus aucun écho ne me parvient désormais.
« Retrouve ceux auxquels tu es vraiment lié. »
Tout ça est dingue, je ne veux pas, non, je refuse d’accepter ce Destin qui sans cesse me tourmente et s’acharne à me faire choire. Encore une fois j’ai été victime de votre illusion, maudites tisseuses. Oui, je me suis surpris la nuit, rêvant à ces projecteurs braqués sur moi au devant de la scène, contemplant le rideau des murmures de vos silhouettes en troupeau. Vos têtes et vos épaules qui se découpent dans l’ombre. Oui, j’ai espéré être à tes yeux ma Lola le divin comédien qu’on acclame et réclame en une grande clameur. Et j’ai souhaité que vos regards et vos rires me sculptent une dimension de titan.
Alors je m’abandonne à la colère, ce vent de feu palpable qui irradie autour de moi. Jed s’approche timidement pour m’aider à me calmer, je l’en dissuade d’un regard furieux. La haine injecte mes yeux de sang.
Acajou rougi de mes prunelles incandescentes.
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