Je rescuciterai, encore et encore, Aigle mimétique aux multiples facettes dans le sarcophage endormi
Dijon
Julian
Il tire une bouffée de sa clope avec classe. Grand, très grand. Avec de larges épaules. Et des mèches de cheveux blonds, très clairs, tombant sur son front et ses yeux bleus, ses yeux très clairs. De grandes mains. Des bras puissants. Je le regarde avec fascination. Son tee-shirt sans manche moule un torse musclé et bien fait, aux pectoraux massifs. Je ne savais pas que Maïa aimait les mecs dans son style. Je ne pensais pas qu’elle l’inviterait à nos soirées.« Il est plus intelligent qu’il n’en a l’air, m’assure-t-elle, autre chose que nos petits camarades abrutis de la fac. C’est un dieu, pas de doute là-dessus Julian… »
Piotr se met à parler à Sylvia entre deux colonnes de fumée, peut-être parce qu’il croit pouvoir l’apprivoiser, avec ses grandes mains, avec sa voix virile, avec sa pomme d’Adam proéminente. Mais personne n’aura jamais de pouvoir sur la déesse Hécate aux cheveux de sang. Seule la sainte drogue saura parcourir les méandres bouillonnants de métal qui s’agitent au cœur de la Reine Balafrée et la contaminer jusqu’au cœur. Sethi s’approche de moi par derrière et me mord la nuque en caressant mon bas ventre. J’ai la tête qui tourne. L’herbe de Martin était bizarre, encore. Je le vois, Bacchus, glisser une fraise entre les lèvres de Maïa. Elle a ôté son soutien-gorge et se penche lascivement en arrière. J’ai la tête qui tourne… Piotr me fixe. Il regarde la bouche de Sethi manger mon cou. Tout tourne…
Black out.
Tout est blanc. Paradis d’éther. Je connais cet endroit.
« On t’a réinstallé dans la même chambre que la dernière fois. »
Je repense à la mâchoire de Piotr contre mes phalanges embrasées, et le jet de sang qui est sorti de sa bouche et a taché le mur. Et sa Horde a bondi sur moi, mais j’étais un loup, le loup qui sommeille en Jed et dont je me suis imprégné.
Les murs sont blancs ici, désespérément blancs. Couleur du vide de mon inspiration. Aujourd’hui Lola n’est plus là pour veiller sur moi, et je me sens bien seul. J’entends les infirmières qui passent dans le couloir. Est-ce que quelqu’un va entrer et me dire ce que j’ai ? Je ne me souviens même pas, comment ça s’est terminé. C’est terrible, au fond, le vrai oubli, celui que l’on ne choisit pas. Car Lola et les autres sont toujours là, eux, au creux de mes souvenirs, imprimés en filigrane sur un papier sépia que le Léthé ne pourrait effacer entièrement. Mais là c’est le vide, le blanc des murs qui m’éblouit comme des phares dans la nuit. Est-ce que je les ai tué ?…
J’ai encore le goût du sang dans ma bouche, le goût amer de la viande chaude et crue, et des os qui craquent sous les dents. Merde, est-ce que je les ai tué ?
« Tu t’es encore battu. »
C’est mon Père. Il dirige cet Hôpital. Alors il est là, dans ma chambre, debout, immobile, son visage figé. Il parle d’une voix de marbre. Mais je n’ai pas peur.
« Ils t’ont salement amoché. »
Et merde. J’aurais préféré les avoir tué, finalement. J’imagine que j’ai le visage tout contusionné, violacé d’ecchymoses, comme après le jour de l’An. Moi qui n’ai jamais été violent, on peut dire que l’influence de Jed en moi aura été dévastatrice.
Ce n’est pas Jed, et ce n’est pas toi. C’est autre chose qui se nourrit des deux et se constitue sur cette base fertile.
Quelque chose ?…
… ou quelqu’un.
« On t’a réinstallé dans la même chambre que la dernière fois, ils t’ont salement amoché.
- Lilian, c’est toi ?
- Merde, il délire. »
Non, ne jetez pas ce flou sur mes yeux ! Tout devient opaque, je ne distingue plus l’étendue et la figure des choses. Louis va m’en vouloir si je ne vais pas travailler et je ne saurai pas qui a gagné les élec-
Tout devient blanc.
Black out.
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