Rêverie

Publié le par Aldébaran

Dijon
Jed
 
jed.jpg« Pshhh ! » Les portent du bus s’ouvrent. J’entre, je regarde le chauffeur, j’ajoute un « Bonjour ! » sonore. Il ne me répond pas. Ce n’est pas grave ; je souris. Rien ne pourra entamer ma bonne humeur. Je me pose contre une bande rembourrée. J’aime bien le bus, et son univers sonore. Cette violence des sons. Ce cocon vibratoire qui vous prend et vous emmène ailleurs. Ce paysage qui défile, plus ou moins vite, mais qui nous fait voir Dijon dans le flou artistique. A l’intérieur, au contraire, c’est le réalisme absolu. Le naturalisme.
Je regarde cette femme stricte, brune, des lunettes à montures carrées. Des cheveux bien droits et coiffés. Ce pli au coin de sa bouche. Elle a l’air de penser, peut-être à demain, à ce qu’elle va faire, comment organiser sa journée. A sa gauche, petite fille bien mise, catholique dans sa manière d’être. Sa petite jupe à motifs parfaitement repassée, son petit chemisier blanc. Sa maman lui tient la main. Elle pense toujours, son petit rictus au coin des lèvres. Elle vote pour lui, sans aucun doute.
Je regarde cette femme, un peu petite et souriante, l’air ailleurs. Ses cheveux noirs tressés en une natte qui lui tombe sur les épaules. Rayonnante comme un cœur. Elle respire l’enthousiasme et la joie de vivre. Elle y croit encore, je le sens. Elle sent que le bon côté peut encore gagner, que tout n’est pas perdu. Même si en dedans elle est triste un peu, même si en dedans elle a peut-être déjà arrêté d’espérer. Elle veut par tous ses pores respirer l’espérance des valeurs. Elle veut que l’humain gagne. Elle vote pour elle, j’en suis sûr.
Je regarde cet homme, complet gris. Cravate bien ajustée, le teint un tout petit peu rougeaud avec la chaleur due au rapprochement des gens. Et sa petite mallette qui l’accompagne. Dans l’univers de la banque. Mieux, cet homme travaille à la bourse, il se rend à la gare suite à la panne de son véhicule. Il remonte à Paris, jouer avec les cours. Il croit à la dictature de l’argent. Il ne croit qu’à une chose que lui ont inculquée ses parents : « l’argent fait le bonheur ». L’argent a toujours fait le bonheur. Et il a travaillé dur pour en arriver là, ce n’est pas pour se faire arracher la moitié de son capital. Il votera pour lui.
Je regarde cet étudiant qui parle en rigolant avec une amie. Il a une profession de foi de campagne à la main. Il discute politique de vive voix. Des gens se retournent sur ce qu’il dit, sur ses idées faciles à la mai 68. Un petit communisme primaire, de ce qui fascine les jeunes qui n’y comprennent rien, de ce qui permet d’espérer en un monde meilleur. Qu’ils sont mignons à cet âge, capables de croire à tout, même à la bonté de l’humanité, au bon sauvage. L’homme est bon, c’est le progrès qui l’a corrompu. Le pauvre, il n’a pas encore compris que l’homme avait déjà fait la Chute. Il n’a pas compris que l’homme était déjà perdu. Il n’a pas compris que l’homme déchirera son prochain tant qu’il le pourra. Premier pas : travailler plus pour gagner plus. Il votera pour elle.
« Pshhh ! » Les portes s’ouvrent. Je regarde dehors. Mon arrêt ! Une seconde de plus, et je manquais mon arrêt. Je descends en trombe, sonne, et monte les escaliers quatre à quatre. En haut, Ariane m’attend. Dans son cou s’étend Martin, comme à son habitude. Dans la main d’Ariane, un petit papier aux reflets verts. Ma carte d’électeur !
« Si tu savais par quoi j’ai dû passer pour avoir accès à ça ! Maman aimerait bien savoir où tu es passé, Jed. Passe-lui un coup de fil. »
 
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Publié dans Jed

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A
Oups, j'avais pas suivi ^^'
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A
Mh Alta y a un de nous deux qui a du manquer un épisode ^^' Ariane je crois pas qu'elle habite chez leurs parents !<br /> <br /> Sinon fragment sympa, qui fait même un peu avancer l'histoire :) Je veux savoir ce qu'il va faire par rapport à sa mère ^^'  
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A
Moi qui suis dans le bus 4h par jour, je puis vous le dire, la description est très réussie, quoiqu'encore un peu trop gentille :D
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D
Rho je connais des gens tres collets montés qui votent pour Elle :-p   <br /> Et on sent que tu n'es jamais monté dans mon bus  =) l'air n y a rien de respirable. A moins que l'on aime les vapeurs d'alcool et de transpiration. Mais c'est toujours mieux que le métro lillois, hein Sargas ?
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A
Au début je me suis dit que ça risquait de faire "cliché", mais en fait c'est vraisemblable, très même. Je veux dire, on peut pas s'empêcher d'imaginer pour qui vote les gens, souvent en fonction de leur allure. On est vraiment imaginatifs en ce qui concerne les horizons possibles de leur vie privée... Très bon fragment, Jed va pouvoir voter cette fois ! <br /> Ariane toujours au coup de Martin... Mais pourquoi faut il qu'il appelle sa mère? Puisqu'il est à la maison de ses parents, autant en profiter pour aller lui parler non? Il veut vraiment pas? ^^'
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