Ces derniers instants qui crient l'appel de l'avant

Publié le par Aldébaran

Dijon

Jed

jed.jpgMa valise est lourde dans ma main. Je monte les escaliers pour la voie J. En haut, des gens attendent que le train arrive en gare. Le TGV… Les gens s’affairent. Des bras s’enserrent, des poitrines se serrent, des bouches se collent. Moi je n’ai personne parce que je n’ai voulu de personne. Je veux être seul avec mon départ. Seul avec tout ce changement. Seul avec ma nouvelle vie. Je tire ma valise derrière moi. Monte les quelques marches. Pose ma vie entière dans le compartiment prévu à cet effet. Je n’ai pas oublié l’étiquette. Nom, Prénom, adresse. Pour ne pas la perdre, ma vie, pour ne pas qu’elle me saute au visage. C’est ma vie, personne n’y touche ! Je vais à mon siège. M’assois.
D’habitude, j’aurais détaillé les personnes sur le quai, j’aurais inventé des vies à cette femme qui m’accompagne, à cet homme à lunettes. Mais je n’en ai plus envie. C’est ma propre vie que je veux inventer maintenant. Mince. J’ai oublié mon ticket dans la valise. Si le contrôleur se pointe, je suis grillé. Je retourne donc à mes vêtements et entends une voix dans mon dos. Un essoufflement. Je me retourne et me rapproche de la porte. Julian. Il crie, il m’appelle. A perdre haleine.
« Jed ! »
Je descends les quelques marches. Il est en sueur. Il s’approche de moi, cassé en deux. Et me déballe des mots que je tente vainement de mettre bout à bout.
Il me dit qu’il est amoureux de moi.
Tiens donc. I love you too. Why do you think I was going out with you brother? To penetrate your image. To deal with your face, at last. Il s’excuse. Ne t’excuse pas. Je t’ai tabassé. Nous sommes quittes. Je souris.
Allez Jed, soit gentil, il n’attend que ça.
Et puis finalement toi aussi tu aimeras ça.
Contact. Lèvres à lèvres. Bouche à bouche. D’âme à âme. J’embrasse mon image dans le miroir. Nos langues se touchent. Se reconnaissent.
Je souris encore.
« Reste, s’il te plait Jed, reste avec moi… »
Je ne peux pas rester, Julian, tu le sais. Je dois bouger, retrouver mes ancêtres. Voir du pays. Tu as été adorable, ça me touche tout ça, finalement.
« Merci Julian. Je t’oublierai jamais. »
Je dois y aller maintenant. Je remonte dans le train. Je m’assois. Je regarde Julian par la fenêtre. Pour une fois, pas de reflet. Seulement lui, qui me regarde, ah si, et mon visage reflété dans la vitre, superposé au sien. Similaires. Os deux images se fondent.
Le train s’ébranle. Je lui fais un signe de la main.

Paris. L’étouffement du RER, heure de pointe. Odeurs rances de transpiration froide. Couleurs qui se mélangent dans les vitres, sur les quais. Couloirs. Escalators. Portes automatiques. Ma valise roule derrière moi.

Je sors des souterrains. A l’air libre, le vent fouette mon visage. La nuit commence à tomber. Je monte les escaliers au bout des quais pour prendre l’Eurostar. Je composte mon billet, puis glisse ma valise dans la machine à rayons X. Plus loin je présente mon passeport.
Je suis en salle d’attente. Nous embarquons dans une demi-heure. Je repense à tout ça. A l’année qui vient de s’écouler. A toutes les nouveautés. Les personnes qui sont passées dans ma vie, et ceux qui y sont restés. A ma famille, mes amis.
Je longe la voie. J’attends de trouver mon wagon, qui à tous les coups doit être le dernier, vu que mon billet date de la dernière minute. Je le trouve. Je monte, installe ma valise. Je marche dans l’allée, m’installe. Le voyage peut commencer.
Les rails, les paysages, le tunnel.
Bientôt je serai en Angleterre.
Je repose ma tête contre l’oreiller. Elle part sur le côté. Je laisse tout vagabonder dans ma tête. Julian, le rouge de ma colère, mes dents, ma famille, Père. Je pense. Je me souviens de Séléné, juste avant notre plongée sous terre. Elle brillait là-haut. Elle me regardait de ses yeux de perle.
Je m’endors.
Ronde et jaune. M’appelle-t-elle ? Je ne sais pas. J’ai changé. Toujours, je la regarde comme un enfant ; mélancolique et courageux. Mais c’est au fond de mon cœur qu’elle crie :
« Souviens-toi. »

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Publié dans Jed

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J
Je m'appele 'Jed' et je trouve drôle de me retrouver en question! Histoire à suive!
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H
je suis assez d'accord avec min' il se dégage du texte un sentiment étrange... j'aime beaucoup la fin du texte ceci dit, je saurais pas dire en quoi ^^bye bye jed see u soon
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P
Bon, ba comme dab, c'est les phrases en anglais qui m'ont posées problème. je crois qu'il va falloir que je m'y habitue si je veux continuer a suivre les aventures de jed...
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A
J'aime bien, cette allure mécanique, cette sorte de détachement, ça collait vraiment bien avec le texte, à mon sens, il quitte sa vie, sans effusions inutiles, sans grandes phrases, il quitte simplement sa vie vers une nouvelle. C'est tout beau, tout bien. (Et Léo va faire ce qu'il pourra ;) )
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M
Je suis assez d'accord avec Martin. Comparé à Julian, consumé d'amour pour Jed, celui ci semble plus froid, presque insensible, cynique même ...Au revoir Jedounet. See you soon, in english, of course ! Have fun !
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