Un seul être relié à lui même

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian

julian1.jpg« Jed s’en va aujourd’hui. »
Bruit du verre qui se casse sur le sol, échappé de mes mains. Le bruit court et se répercute dans mes tympans, comme un uppercut, je vois le visage effondré de Lilian qui m’annonce la nouvelle, j’entends les mots sur ses lèvres sans les comprendre. Jed, mon Jed, pourquoi fuis tu entre mes doigts comme le sable ?
« Il va habiter chez ses grands-parents à Londres, il me l’a dit hier soir. »
Lilian est abattu.
« A quelle heure part son train ? je demande – mais ce n’est pas ma voix.
- 17h17. Il arrivera là-bas dans la nuit…
- Tu vas y aller ?
- Non. Il veut pas. »
Je pose une main sur l’épaule de mon frère, par dessus le comptoir où il est installé.
Mais c’est moi que je voudrais consoler.
La journée s’écoule et je revois Jed sur le perron de sa maison, reflet charnel de mon corps, son visage par dessus la boîte vide. Je repense à son prénom entre mes lèvres, Jed, en revenant de Paris. Jed Cléart… Et puis toutes ces soirées avec lui et Jonathan, et Lola, et la trahison, l’irréparable. Il y a eu des moments où tu as dû me haïr, Jed, mais en touchant à ton aimé, c’est toi que je désirais savourer. Et puis le jour de l’An, la vengeance froide et furieuse, ta colère ROUGE de bête qui m’a mis en sang. Et Ca n’en a été que plus fort, ensuite… Je regarde les clients qui vont et viennent, Lilian rentre à l’appartement pour réviser et ne plus y penser. Je me souviens de l’absorption de ta colère et de ta puissance, de mon intrusion chez toi pour récupérer la boîte. C’est là que j’ai compris, qui tu étais vraiment, et nos lèvres sont entrées en contact pour la seule et unique fois de notre vie. Je me souviens de la lente et progressive réconciliation, et la montée en puissance, récente et ardente. Je ne t’oublierai pas Jed, mais par respect pour Justin, par respect pour Lilian, et quand bien même j’en meurs d’envie, je ne viendrai pas te dire au revoir, et révéler à tes yeux ce qui…

… où est le quai ? Où est il ? Jed, ne part pas… Je cours, je suis en sueur, à bout de souffle. Ne part pas, je t’en prie, je t’en conjure… Voix désincarnée dans les hauts-parleurs de la gare. Je ne vois plus rien, je n’entends plus rien. Il n’y a que mon Cœur vrombissant, dans ma poitrine, et son écho traverse la chair et les os pour s’apposer aux parois, galerie de sang guidé par le Sentiment. Jed ! Je crie, dans ma tête, dans mon corps, tout mon être hurle sa douleur. Je ne peux pas te perdre, je ne veux pas te perdre.
Le garçon s’apprête à monter dans le wagon. Tout se fige et se glace.
Mais je suis le feu incandescent.
« Jed ! »
Il se retourne, m’aperçoit, descend du train. Il ne comprend pas. Je me présente en sueur devant l’objet de mon Amour, le visage rouge et le souffle court. Impossible de le regarder au fond des yeux sans m’électriser, mon regard ploie vers le sol.
« Jed, je… »
Allez bon dieu Julian, dis le, DIS LE. Il faut que Ca jaillisse, sinon Ca te consumera.
Dis le lui.
« Je suis amoureux de toi. Depuis le début, depuis que je t’ai rencontré je crois. Je t’ai toujours aimé, mais j’ai jamais osé te le dire parce que… je sais pas, je suis trop lâche pour ça. Je suis désolé, désolé pour tout, pour Jonathan, de t’avoir trahi comme ça, alors que je… que je t’aime. Je suis désolé. »
Je relève les yeux. Jed me sourit. Il prend mon visage entre ses mains et je sens que mon sang implose et que le temps s’arrête. Il me regarde, je vois le bonheur sur ses lèvres, ses lèvres qui s’approchent des miennes et font entrer nos bouches en collision. Et sa langue rejoint la mienne, et les deux Gémeaux se collent l’un à l’autre, plus proches qu’ils ne l’ont jamais été. Pour la première fois, aucune voix ne crie « Julian, tu es heureux ! », car je suis heureux. Je suis Jed, et je suis moi. Un seul être relié à lui même.

Les lèvres se quittent, déchirure insoutenable. Le temps ne s’est pas arrêté.
« Reste, s’il te plait Jed, reste avec moi…
Il remonte dans le wagon, me regarde, sourit. Et le sourire se peint sur mes lèvres malgré les larmes sur mes joues.
« Merci Julian. Je t’oublierai jamais. »
La porte se referme. Le train démarre. Nos reflets, de part et d’autre de la vitre, s’interpénètrent.

Et le long serpent de métal emporte Jed au loin. Mon Corps s’affaisse et s’effondre sur le sol, mon Cœur éclate en mille éclats de verre, et mon Âme, seule, contemple l’étendue sans fin de mon désespoir.

Publicité

Publié dans Julian

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Bah, moi je l'ai lu avant vous, na! Et il m'a tiré des larmes. Emu jusqu'au coeur, brisé. J'ai eu un de ces mal à écrire le contrechamps d'un texte si poignant. Mais bon, finalement, je trouve que les deux s'intègrent bien l'un à l'autre.
Répondre
A
Oui, même si c'est vrai que Julian fait carrément pitié quand on sait ce qui se trame dans la tête de Jed au même moment :) Mais merci, et désolé de t'avoir fait pleurer :(
F
Les départs ne comptent pas, seuls les retours méritent une larme. (Christian Mistral).
Répondre
A
Bouh :S C'est facile à dire !
H
bjr cheres etoiles bjr!! eh bé j'en ai loupé des choses moi! bon grâce au petit recapitulatif d'alta' je me rends compte que je ne me suis pas si eloigné du site que ça mais tout de même!jai pas pris le tps de beaucoup venir vous lire ces dernières semaines j'en suis désolé, sachez juste que je trouve toujours votre boulot super, et bravo altaïr de mener tout ce petit monde! je repasserai une fois mes epreuves finies...sinon sur le texte, ce qui m'a plus c'est que c'est le genre de situations que je m'imagine parfois, un brin heroique et totalement romantique....
Répondre
A
Haha Hugo :)T'inquiètes, on comprend, t'es encore jeeeuuuune et tout ça :DMais bientôt bac et concours seront de l'histoire ancienne et tu pourras à loisir reprendre la lecture de tous les fragments depuis le début :D
M
:)J'aime vraiment la manière dont tu écris/décris les choses.
Répondre
A
Eh bien tu m'en vois ravi :)
A
Ah :/
Répondre
A
Oui, mais ne me demandez pas pourquoi ^^'