Amer Désespoir
Dijon
Julian
Je me réveille ce matin dans un liquide amer, car le temps ne s’est pas arrêté. La lune et la terre ont poursuivi leur course folle, voilà que le soleil une fois encore embrase les stries de mes volets pour s’immiscer dans la chambre. Sa lumière corrosive me donne la nausée. Je me lève et je réalise que tout est pareil, que rien n’a changé ni ne changera.
Jed est parti.
Lilian inconsolable, et je dois faire semblant de compatir à son malheur. Mais si tu savais petit frère combien c’est moi qui souffre le plus, combien ce jeu me donne envie de vomir… Quand je repense au baiser de Jed, qui t’était destiné, et dont tu ne sauras jamais rien, il me prend une bouffée de honte et la gerbe remonte de mes entrailles jusqu’à ma gorge nouée.
J’en ai pleuré en secret des larmes verdies sur mes joues silencieuses, sous mon oreiller, afin d’étouffer les sanglots violents qui ont secoué mon Corps en détresse. J’en ai pleuré de ces perles d’eau croupie sur les débris de mon Cœur en lambeaux. Et mon Âme en deuil porte le noir manteau du désespoir.
Rues chaudes et bruits de travaux. Je traverse la grosse artère de Dijon, parmi la foule immense des inconnus anonymes. Combien de villes semblables à celle-ci ? Combien de gens dans leurs rues ?…
Des centaines, des milliers, des millions… Que dis-je ? Des milliards de tabernacles de conscience.
Vertige sans fin de la grandeur du monde.
Vertige sans fin de la grandeur du monde.
De vieilles angoisses cryogénisées se décantent et remontent en surface. Ca clapote dans mon cerveau, noyé par la pensée-mazout.
Rue de la Liberté. Rue du Bourg. Rue Amiral Roussin.
Le même chemin, chaque matin. Tout est devenu familier, de la forme des ombres dans ma chambre, au sein du temple de mes rêves éveillés, jusqu’au tintement de la porte du Dionysos que je pousse en entrant. Les gestes que l’on répète jusqu’à les ingérer comme des automatismes.
Je suis le Grand Mécanisme, le flux et le reflux. Pénétrez dans la constance de mon inconstance.
Car tout recommence sans cesse, tout s’écoule. Alternance oscillatoire entre ombre et lumière.
A quoi bon souffrir et pleurer ? A quoi bon rire et crier ? Toute cette vaine agitation … L’heureux perdra sa place au profit du malheureux, et les rôles s’interchangeront maintes fois encore. Je regarde dans le vague et je ne me sens ni bien ni mal. Jed est parti, je l’ai pleuré. Mais je sais que d’autres viendront et le chasseront de mes pensées, et comme les Poupées Russes, enchaîneront le ballet interminable de nos amours-lessive.
A quoi bon souffrir et pleurer ? A quoi bon rire et crier ? Toute cette vaine agitation … L’heureux perdra sa place au profit du malheureux, et les rôles s’interchangeront maintes fois encore. Je regarde dans le vague et je ne me sens ni bien ni mal. Jed est parti, je l’ai pleuré. Mais je sais que d’autres viendront et le chasseront de mes pensées, et comme les Poupées Russes, enchaîneront le ballet interminable de nos amours-lessive.
Prend garde au scalpel de ta lucidité Julian, n’oublie pas la plume.
A quoi bon…
Elle est la clé de ton Salut, le Tribunal de l’Âme nous l’a appris.
Je n’ai plus envie de rien…
Louis me regarde bizarrement, je referme la bouche. Il ne faut pas qu’il me voie comme ça, mais rien n’échappe à ses prunelles sans récif , comme un Œil fixé sur mon Cœur. Laissez moi être tel que je suis, le Julian aux multiples personnalités, le Moi fragmenté en d’innombrables éclats. Je suis le Schizophrène.
Jed… Sa double personnalité ingérée. Le lunatique, le loup-garou, le double. Tout concorde à me briser davantage.
Jed… Son baiser fugace qui n’a pas arrêté le temps. Le goût sec et furtif de sa bouche tant désirée. Est-ce cela, le vrai amour ?
Comment serait-ce possible… une telle obscurité…
Mes doigts composent le numéro de Justin.
Car jamais l’espoir ne s’éteint.
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